Quelle semaine de bargeot en terme de boulot. Google n’a rien trouvé de mieux que calculer le temps passé en réunion : 35,7h en visio ou en réunion physique sur 5 jours, ça fait flipper quand on y pense ! Sans compter tout le reste qui n’est pas comptabilisé par une invitation en ligne chez Big Brother. Nos amis grecs nous invitent à dîner lundi soir dans un resto japonais. Nous avions noté nos questions de vie de tous les jours (religion, famille, école). C’est super intéressant de discuter avec des locaux. Nous rigolons beaucoup quand Vana nous explique comment elle refait le cours d’éducation sexuelle que sa fille de 12 ans a eu à l’école. Autant dire que les LGBTQ+ n’ont pas trop voix au chapitre dans son monde ! Nous commençons à mieux nous connaître et cela crée une relation plus directe et personnelle.
Et le lendemain, je remets ça avec un client. Le rendez-vous chez lui commence par un petit sprint en costard et en chaussures de ville pour rattraper mon taxi dans lequel j’ai oublié mon mobile. Le patron du groupe (qui m’a vu par la fenêtre détaler comme un lapin avec amusement) ne fait aucun détour pour me dire qu’il est intéressé par notre technologie sur l’IA (intelligence artificielle, je précise pour les non-geeks) et le rachat de WeYield. Ça a le mérite d’être clair au moins. Dionysis Dionysopoulos (ça ne s’invente pas) me retient à dîner avec son boss. Nous arrivons à 18h30. Ouat ! Même le personnel n’est pas prêt : aucune table n’est dressée. Je m’inquiète de l’horaire un peu décalé pour les habitudes grecques mais cela semble aller pour eux. Nous faisons un festin de plus (je n’ai déjà plus faim après la 3e entrée) dans ce restaurant fréquenté par Antonis Samaras, ancien premier ministre. Je déguste la spécialité sucrée d’ici : le galaktoboureko (ou bougatsa en français) est l’un des desserts traditionnels les plus célèbres. Cette pâtisserie constituée de pâte phyllo et de crème vanillée à la semoule est une tuerie (Sophie confirmera plus tard).
Dernier week-end grec avant le retour sur notre bonne vieille terre de France. Alors on en profite à fond.
Mais d’abord, il faut réussir à sortir de la résidence. Après notre dej, un énorme orage s’abat sur la ville et notamment sur notre quartier. Un bon orage comme on les connaît autour de la Méditerranée : c’est violent et ça dégringole très très fort. De l’eau dévale les rues à torrent. Impossible de sortir car le portail ne s’ouvre pas plus que de 20cm. Je tente une sortie sous le déluge et je patauge dans 2cm d’eau avant de pouvoir atteindre la porte qui est bloquée par des feuilles. Je laisse la voiture et sort par le portillon. Le portail est bloqué par des branches qui l’empêche de s’ouvrir. Allez, j’y vais quand même : dans la rue Karaiskaki (c’est un général d’après ce que l’on a compris), je fais trempette dans 5cm d’eau pour libérer le portail de son blocage. J’ai les pieds trempés, ça séchera (on a connu ça sur le Chemin). Après ce sauvetage au péril…de mes pieds, il faut encore manœuvrer pour sortir car une voiture est tombée en rade juste devant la sortie. Finalement, après quelques gauche-droite, on arrive à s’extirper et on roule dans 10cm d’eau qui dévale du haut.


Le Péloponnèse est à environ 100km au sud-est d’Athènes. On a de la chance car le temps s’améliore et on peut même s’arrêter admirer le canal de Corinthe sous un rayon de soleil. Ce canal, de 6km de long et 60m de haut à son plus haut point, a été construit à la fin du 19e siècle sur un plan d’un français mais sous la direction de deux hongrois qui ont eu le droit à un monument eux ! C’est impressionnant et vertigineux. Déjà dans l’Antiquité au 7e siècle avant JC, des bateaux passaient d’un bord à l’autre des deux mers Ionienne à l’ouest et Egée à l’est, tirés par des cordes en roulant sur des rondins de bois. Un truc de dingue quand même !

La première étape de notre road-trip est Mystras. Nous n’en avions jamais entendu parlé avant d’y aller. C’est au centre du Péloponnèse, juste à côté de Sparte. Sparte, les Spartiates, toute la mythologie grecque, on y est ! En bien en pratique, il n’y a rien de rien à voir à Sparte. On est dégoûté. Il faut dire que Sparte est la seule cité de Grèce dépourvue de murailles car d’après Lycurgue, (législateur mythique de Sparte dont le nom veut dire « celui qui tient les loups à l’écart », ambiance) « une ville bien défendue est celle qui est entourée d’un mur d’hommes, et non d’un mur de briques ». Je ne vais pas vous refaire toute l’histoire de l’époque. Mais il semble quand même que la victoire des troupes du Péloponnèse sur son ennemi de toujours a été favorisée par l’envoi des troupes athéniennes envoyées pour conquérir la Sicile. Pas de bol !

Pour comprendre la méfiance entre les deux cités antiques, il faut regarder un imprimé appliqué sur des t-shirts que l’on trouve dans les boutique de la Plaka (Athènes donc). Nous nous faisons expliquer la signification de ce visuel. En fait, il montre qu’il ne faut jamais faire confiance à un Sparte. Dans l’Antiquité, les messagers portaient la parole de leur roi à son ami ou son ennemi. Et jamais ceux-ci n’étaient inquiétés. Sauf à Sparte : si le messager apportait une menace ou un message négatif qui déplaisait au destinataire, il tuait systématiquement le messager. Et 2500 ans plus tard, ça fait rigoler les Athéniens.



Avec Mystras, nous faisons un bon en avant dans l’histoire pour arriver au 13e siècle, au temps des croisés. Un français bien de chez nous, Guillaume de Villehardouin, l’a fondée pour en faire un lieu de résidence et d’étape sur la route des croisades. Mais il doit la céder en même temps que d’autres forteresses à Michel VIII Paléologue, en guise de rançon. Le nouvel empereur fait alors de Mistra (ou Mystras en grec) la capitale du Despotat de Morée, ancien nom du Péloponnèse, statut qu’elle conserve jusqu’à la chute de l’Empire byzantin. Ce site est immense mais il est encore ultra-sportif d’accès car très vertical : découvrir l’ancienne ville nécessite de se faire 300 mètres de dénivelés positifs pour atteindre le sommet lieu de l’ancienne forteresse qui domine toute la vallée. Pour vous donner une idée de la taille de la ville à l’époque, Mystra était appelée la petite Constantinople.



J’en profite pour digresser sur la chute de l’empire byzantin (empire romain d’orient) officialisé en 1453. D’après mes contacts grecs (rien de très académique, il faut l’admettre), qui ne supportent pas les turcs (il faut dire qu’ils les ont eu sur le dos pendant 4 siècles jusqu’en 1821), l’arrivée des Ottomans et la prise de contrôle de Constantinople se sont faites sans qu’à aucun moment le pape catholique de Rome ne réponde positivement à la demande d’aide de son homologue orthodoxe. Ça devait bien les arranger les catholiques que cela se finisse politiquement de cette façon pour Byzance.

Détail logistique et coût des visites : ce qui est cool en cette basse saison (qui commence le 1er novembre), c’est que tous les sites sont à 6€/personne contre 12€ en haute saison. Pas compliqué et c’est très homogène sur tous les sites que nous avons visité.