Réveil humide ce matin, il semble qu’il y ait eu un orage dans la nuit. Nous devions dormir du sommeil du juste car nous n’avons rien entendu. En sortant prendre le petit déjeuner, la difficulté du jour ne nous concernait pas mais plutôt le boulanger. Dans la rue un tracteur était en train de racler toute la farine qui s’était échappée du tuyau d’alimentation du meunier. Il y en avait partout de chaque côté de la rue et sur toutes les voitures. Avec l’humidité ambiante, la farine va se transformer en pâte molle sur le bitume : cela va être un vrai bonheur.
A peine le chemin entamé, l’humidité se transforme en pluie nous obligeant à enfiler pour la première fois notre poncho. L’année dernière, j’avais essayé le parapluie qui, on s’en souvient, faisait exactement le même poids que cette cape du marcheur. Ces tests en conditions réelles m’obligent à reconnaître que le poncho est bien plus pratique.
Nous retrouvons Karine. Elle adore deux moments particuliers dans la journée : le matin de 6h30 pour être la première à ouvrir le Chemin et le soir se trouver un endroit où se poser entre deux villages pour être sûre d’être seule à partir de 18h30.
Le hameau de l’Estrade, gros comme rien du tout, accueille le pèlerin dans son four à pain avec du café et de l’eau chaude ainsi qu’un fil pour faire sécher ses affaires. Nous devons laisser 1,5€ pour la boisson. Nous apprenons que l’on appelle cela une banalité. Les banalités correspondaient, dans le système féodal français, à des installations techniques que le seigneur était dans l’obligation d’entretenir et de mettre à disposition de tout habitant de la seigneurie. En contrepartie, les habitants de cette seigneurie ne peuvent utiliser que ces installations seigneuriales, pour un prix qui était fixé par le seigneur. C’est l’ancêtre des services publics.




Cette étape est d’un kilométrage modeste, 18 km, mais assez physique avec 1300 mètres de dénivelé positif et plus de 1800 négatif. En deux mots, un bon casse-pattes et case-talons pour Sophie. Nous changeons radicalement de végétation pour quitter les hêtres et rejoindre les forêts touffues et très denses de châtaigniers. Nous faisons notre pause le long d’une petite rivière en compagnie d’Elise avec qui nous avions déjà déjeunée quelques jours auparavant.
C’est St Côme d’Olt qui nous accueille le long du Lot aujourd’hui. Ce village a été élu l’un des plus beaux villages de France. Et c’est effectivement un très mignon bourg médiéval très bien réhabilité, avec une église du 15e et son clocher tordu. Au détour d’une ruelle de St Côme, nous rencontrons Côme, étudiant en relations internationales, qui a prévu de rejoindre Saint-Jean-Pied-de-Port avant le 17 juin, soit une très jolie moyenne de 36 km par jour. Il se demande s’il va y arriver ! Sa contrariété du jour est de ne pas avoir trouvé de pain. En bon pèlerin que nous sommes, nous lui offrons les trois tranches qu’il nous reste. Après l’avoir quitté, au détour d’une ruelle, nous tombons sur une boulangerie ouverte : il n’a pas dû beaucoup chercher le garçon.








Le lieu de notre étape est le Couvent de Malet situé à une centaine de mètres au-dessus du village (et oui, il faut remonter la pente, aïe aïe aïe). Il s’agit d’un couvent avec 16 sœurs qui a été en partie transformé en hôtel deux étoiles avec une trentaine de chambres. C’est rustique mais très propre : le design de la chambre fait plus penser à une maison de retraite qu’un hôtel mais nous y serons bien.
Après un brin de lessive, comme tous les soirs, j’attends sagement dans le jardin du couvent que les vêtements sèchent. En entendant des bruits de cisaille, je me rapproche d’un bosquet de bambou et je fais connaissance avec sœur Cécile, une vietnamienne dans la congrégation des Ursulines depuis 16 ans, qui coupe des tuteurs à tomates. Je lui file un coup de main en échangeant quelques mots. Elle trouve mon prénom très beau ; logique pour une religieuse puisqu’Emmanuel signifie « Dieu est parmi nous ». Je lui porte tous ses bambous coupés, elle est contente.
Nous participons également aux Vêpres avant d’aller déguster un insipide dîner que même les cantines de troisième zone n’oseraient plus présenter. Franchement, la cuisinière n’est pas au niveau d’un accueil hôtelier même deux étoiles (standard du Couvent). La soirée se termine doucement sur le parvis autour d’une veillée. C’est la vie de couvent et nous vivons l’expérience à fond.






