Au petit déjeuner, nous avons l’occasion de discuter avec Christian, puisque Caroline (notre hôte) est parti travailler. Lui a passé toute sa vie à Faycelles et leur amie de passage, avec qui nous partageons le petit-déjeuner, est parisienne de naissance et a passé 25 ans sur place. Elle témoigne que, comme dans l’Aveyron, les locaux sont plutôt accueillants avec les étrangers. Seul un point peut les rendre violents : si l’on vient chasser le champignon (cèpes) sur leurs plates-bandes. Certaines voitures non-immatriculées 45 peuvent se faire crever les pneus. Les non-indigènes sont prévenus ! Pour tout le reste, ils sont charmants.
Le village de Faycelles est tout petit mais très mignon, bien rénové dans l’esprit médiéval. On y passe un peu plus de temps que prévu car nous retrouvons Karine, marcheuse en autonomie que l’on croise depuis l’Aubrac. L’orage de grêle d’il y a deux jours a eu raison de sa toile de tente qui est désormais percée. Elle continue avec le sourire et la motivation. Je laisse là Sophie discuter avec elle quelques minutes le temps d’aller au bar-snack du village acheter une boîte de sardines au citron. Heureusement qu’il fournit quelques petites victuailles car il n’y a absolument rien pour se restaurer jusqu’à Cajarc, destination 24 km d’ici.
Le Quercy est réputé pour ses Caselles de pierres et ses murs en pierres sèches. La végétation est composée de chênes dont la hauteur ne dépasse pas 4 à 5m, des buis et des genévriers dont les baies mettent deux ans à mûrir (appelées le poivre du pauvre).






Nous faisons la connaissance de Camille, une franco-allemande qui espère atteindre l’Espagne à la mi-juillet. Elle a 40 ans en paraît 30. Elle est atteinte de Fibromyalgie, maladie très douloureuse et très fatigante qui l’handicape énormément. Elle travaille à mi-temps, est intolérante au gluten et autres donc elle porte plusieurs jours de provisions dans son sac, d’ors entre la moitié et les deux tiers de la journée (elle dit que c’est pour ça qu’elle fait jeune). Comme dit Sophie, elle vit sa vie à moitié : debout la moitié du temps, job la moitié de la journée, mange la moitié des aliments.




Nous nous arrêtons au Gréalou pour la pause dej (Sardines au citron), à peu près à mi-chemin sur les 25 de l’étape du jour. À la sortie, nous atteignons la barre des 300 km. Quand on voit le chiffre, cela paraît énorme et en même temps, pas si impressionnant que cela quand on est dessus. Nous attendons deux marcheurs derrière nous pour leur demander de nous prendre en photo. Et eux aussi en profitent pour qu’on les immortalise. Nous repartons ensemble comme souvent sur le Chemin pour échanger quelques mots et faire connaissance.
Finalement, de fil en aiguille, nous passons tout l’après-midi avec eux jusqu’à Cajarc. Ils s’appellent Bernard et Francis, sont retraités du monde agricole du Tarn et ont déjà fait une partie du Chemin. Nous échangeons longuement sur la crise du monde agricole en essayant de comprendre les enjeux auxquels sont confrontés les paysans et la direction que prend notre agriculture.
Ces discussions dans le Quercy permettent à Sophie de finir son étape avec son attention déviée des douleurs de ses talons toujours plus vives en fin de journée qu’au début. Nous tombons sur la vallée de Cajarc en la découvrant du haut de ces falaises qui dominent le Lot. Ce village de 1000 âmes était le lieu de naissance de Françoise Sagan et de villégiature du président Pompidou. Mais le village a été aussi mis sur le devant de scène par Coluche et son fameux sketch de 1976 sur Le Schmilblick de passage à Cajarc.




Nous rencontrons un belge “en vacances à Cajarc” disait Coluche mais en fait sur le Chemin et l’invitons à se joindre à nous pour le dîner. Il y a 4 ans, il avait commencé son premier tronçon de Liège à Aumont-Aubrac, ce qui fait 1200km ! Ce trajet fut très dur non pas pour le distance parcourue mais pour la solitude rencontrée. Il passait des jours à ne voir personne et même certains hôtes ne lui adressaient parfois qu’à peine la parole en lui livrant un plateau repas. L’intériorité du Chemin, lui, l’a vécue.
Ancien cadre d’Arcelor-Mittal, il nous conte l’histoire de la Belgique du 19e siècle à nos jours. C’est très instructif mais la rigueur historique s’émousse au 2e pichet de vin qu’il finit tout seul. Peu de chance qu’on le recroise car il sera à Cahors une journée avant nous grâce à un rythme rapide de 30km/j en moyenne. Il prévoit d’aller jusqu’à St Jacques. En deux tronçons, c’est une belle performance.
Bravo les Scuto. Vous êtes très beaux cette photo des 300km . Très bonne fin de parcours.
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Merci. Contents d’avoir franchi cette nouvelle étape. Il n’en reste plus que deux 😀
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