Cette 14e étape à partir de Cajarc jusqu’à Limogne a été une sale journée. Le matin était pluvieux et froid et ce temps maussade nous a suivi une bonne partie de la journée. Nous n’avons pas réussi à trouver notre rythme. Nous sommes arrivés assez tôt à notre gîte ce qui nous a permis de souffler et de bouquiner pour chasser nos mauvaises pensées. Mais pas eu envie d’écrire hier.








Le lendemain nous partons d’un bon pas et retrouvons différents pèlerins autour du café dans le village. Toutes les personnes avec lesquelles nous discutons font en fait le même commentaire : la journée d’hier a été longue, sans énergie, sans rythme, certaines ont passé plusieurs heures dans un café. Bref, c’était une journée «sans » pour tout le monde. C’est quand même étonnant que l’impact fut le même sur autant de personnalités, de genre et d’âges différents. C’est le Chemin ?
Les hôtes du gîte de la Hulotte sont très sympathiques et nous ont fait un très bon repas. Comme quoi, avec un peu d’inspiration et un robot type magimix, on peut faire un super potage et de très bons plats. Nous partageons le souper avec une allemande qui a déjà fait un bout du chemin depuis Munich et une mamie de 76 ans qui en est à son troisième Chemin. Nous aimerions bien avoir sa santé au même âge tenant compte du fait qu’en plus de marcher ses 12/13km quotidiens, elle porte son sac. Par contre, c’était Madame-je-sais-tout qui a monopolisée la parole et nous a racontés toute sa vie. Heureusement qu’elle est partie tôt ce matin et que l’on a pu échanger un peu plus longuement avec l’Allemande.
Nous réalisons plus concrètement pourquoi ce paysage du Causse du Quercy est aussi particulier. En fait, le plateau calcaire affleure sur tout l’espace. Cela veut dire que l’épaisseur de terre végétale varie entre 5 et 50 cm. Du coup les chênes ne font que 5 m de haut car ils ne peuvent enfoncer leurs racines plus profondément. Le gîte dans lequel nous étions n’est posé sur aucune fondation si ce n’est les grandes dalles de calcaire. Cela explique aussi la pauvreté économique du coin puisque, à part un peu d’élevage (le fameux agneau du Quercy) globalement rien ne pousse. Il y a eu un peu d’extraction de Phosphate mais les puits se sont taris rapidement et la concurrence venue du Maroc a accéléré la fin de cette maigre industrie lotoise.






Ce jeudi est notre avant-dernière étape, nous partons le coeur vaillant. Nous y retrouvons Karine, notre marcheuse-randoneuse-itinérante qui ira jusqu’où son énergie la portera. Elle nous informe que Varaire, prochain village que nous croisons, est le dernier endroit où l’on peut s’approvisionner avant d’arriver à Cahors, étape de demain. Notre timing est juste parfait puisque nous arrivons à 12h26 soit quatre minutes avant que l’épicerie–station-service–papeterie–presse-poste ne ferme. Nous chargeons donc un peu le sac en prévision du déjeuner de demain.
Cette halte nous sert de pause déjeuner : au menu, dégustation du farçou, spécialité de la région. C’est une délicieuse, quoiqu’un peu grasse, galette de blettes rissolée que nous mangeons froide avec une tranche de jambon de pays exactement comme on nous l’a recommandés. Ça tient au corps. Nous rencontrons alors un couple un peu fatigué qui a pris une variante sans faire attention et a marché 1h30 de plus dans la mauvaise direction. Ils ont heureusement trouvé un local sympa qui les a ramenés en voiture au village. Mais à 13h, ils ont du coup encore cinq heures de marche avant d’atteindre l’arrivée de leur étape. La journée va être très très longue et difficile avec une jambe qui semble traîner un peu.
Nous quittons le causse du Quercy pour arriver doucement sur un paysage qui parait plus propice à la culture de céréales. Ça n’est pas la Beauce mais les parcelles sont quand même un peu plus grandes. Nous séjournons ce soir dans notre denier couvent dits des Filles de Jesus qui fait aussi maison de retraite. Nous avons pris le service hôtelier (chambre individuelle et sanitaires privées) et avons directement une prestation de grand luxe… en tout cas bien séparée des autres pèlerins. Cela chamboule un peu la réceptionniste qui a bien fait la dichotomie dans son esprit entre le pèlerin et le touriste. Par contre, être pèlerin et faire transporter son sac par la Malle Postale, ça ne la gêne pas ! Toujours est-il que nous sommes tous seuls dans une aile entièrement rénovée. La chambre reste spartiate, avec encore un équipement qui fait plutôt 4e âge.
La lessive du jour est un grand moment car en raison de robinets qui sont à pression (lavabo et douche), je finis finalement à quatre pattes devant l’évacuation de la douche à l’italienne pour laver notre linge comme au lavoir. Pour sécher, cela risque de prendre plus de temps. Au pire, nous repartirons avec notre linge propre mais humide pour qu’il sèche sur nous demain car il est prévu grand beau avec une température estivale.
Le dîner est pris en collectivité avec les 10 autres marcheurs. Dîner simple mais très bon, comme quoi ça n’est pas antinomique. Nous faisons la connaissance de Ipe, un batave de 58 ans à qui son boss lui a demandé après son fort investissement pendant la crise de la Covid : « que voudrais-tu pour compenser ? » ; « 4 mois pour aller à St Jacques de Compostelle ». Banco. Il est arrivé à Auxerre pour rejoindre Vezelay (car il semble que cela soit une abbaye importante pour les hollandais) puis a rejoint Le Puy et le couvent de Vaylats ce soir. Déjà 800km de faits. Respect.
Nous terminons par un concert de saxo donné par Philippe, un hospitalier (bénévole) : il nous retrace l’histoire du saxo et du jazz avant d’aller nous coucher. Moment bien agréable





