Jour 2 : premiers glaciers

Quelle nuit reposante ! Non pas à cause de la luminosité qui reste claire même à 23h mais au doux roulis qui nous berce comme un bébé dans son landau. Il faut reconnaître aussi que la literie est divine. Mais arrêtons de nous prélasser car il faut passer aux choses sérieuses: rendez-vous au pont 2 pour le petit-déjeuner. Nous nous régalons de douceurs sucrées et salées avant de nous retrouver au pont 5 pour récupérer nos bottes d’expédition au Grand Salon. 

Les naturalistes ont installé des affichettes avec toutes les tailles disponibles et nous essayons les Dunlop modèle Arctique (non dispo chez Décathlon) avec lesquelles nous arpenterons les terres du Svalbard. La fin de matinée se déroule sur le pont à braver la fraîcheur du Nord emmitouflé dans nos parkas et nos bonnets. L’équipe de naturalistes est à notre disposition pour expliquer ce que l’on voit. La navigation est toute calme dans les eaux protégées dans ce fjord. 

L’objectif du jour est la découverte du glacier du roi. Les zodiacs sont mis à l’eau après le déjeuner par groupe de couleur. Puisque nous sommes 180 passagers, il a 4 groupes de 45 personnes qui partent en deux vagues modulo ceux qui restent à bord. Les zodiacs sont pilotés par nos guides d’exploration et embarquent entre 10 et 12 aventuriers. C’est Hélène qui est notre guide du jour et comme nous sommes les derniers à partir, nous ne sommes que 7 en tout. Nous naviguons au-dessus des « glaçons » (version XXL) qui flottent dans une eau plutôt maronnasse. En effet, les montagnes qui enferment les glaciers ne sont pas composées de roches issues d’éruptions volcaniques ou de mouvements de subduction de plaques mais le résultat d’une sédimentation millénaire (plusieurs centaines de millions d’années quand même) car à cette période, le Svalbard était une zone tropicale située plus au sud, près de l’Equateur. La décomposition des arbres et des plantes diverses a permis de créer du charbon, exploité depuis une centaine d’années, il reste encore une mine toujours en activité. Car à la différence de l’Islande, volcanique, il n’y a pas de géothermie pour chauffer les bâtiments. 30% du charbon est utilisé sur place et l’autre part est exporté notamment pour faire fonctionner une usine BMW en Allemagne.

Notre bateau en plastique se rapproche des immenses falaises de glaces bleues et blanches. C’est une grande première pour nous de découvrir deux glaciers d’aussi prêt. Nous restons à 300m de distance néanmoins pour ne pas être impacté par les chutes de glaces qui sont permanentes, on appelle ceci le velage du glacier. On entend d’abord un énorme craquement suivi d’un ébouli de glace puis quelques secondes plus tard d’une vague plus ou moins grosse. Le zodiac se tourne systématiquement pour prendre cette onde de face et éviter d’être renversé. Dans une eau à 5°, cela serait dommage même si la Compagnie Ponant prévoit un quota de perte : elle s’en fiche dans tous les cas puisque la croisière est payée !

Le spectacle est magique. Cette glace millénaire est issue de la neige qui est tombée voilà plusieurs milliers ou millions d’années. Car le Svalbard est un désert. Il ne pleut (il neige) que très très peu ici. Donc, la fonte de la neige et la disparition du glacier est inéluctable. Quand on observe de plus loin ces deux glaciers du Roi, on se rend compte de leur taille, plusieurs dizaines de kilomètres de long. Notre ornithologue nous présente aussi quelques oiseaux dont la Sterne. Cet oiseau gros comme un pigeon est le plus grand migrateur aérien puisqu’elle court après les étés entre les deux pôles. Elle niche au Svalbard pour se reproduire et se nourrir. Et à l’automne, direction plein sud pour l’été antarctique. Ce petit oiseau réalise donc environ 70 000 km de vol par an pendant 4 mois à l’aller et 1 au retour. 

De retour au navire (on ne dit pas bateau semble-t-il), juste le temps de se préparer pour le premier diner officiel : celui du commandant. Et là, surprise : accrochée à notre numéro de chambre, une invitation à rejoindre le commandant à sa table. Nous sommes surpris et contents d’un tel privilège. Nous apprendrons plus tard qu’il est de tradition d’inviter à sa table des clients ayant fait beaucoup de croisières (mes parents étaient déjà invités depuis le matin avec d’autres passagers de niveau Grand Amiral ou Commodore) mais aussi des débutants comme nous, Evelyne, Sophie, Nico et moi. Mis sur notre 31, nous avons été conviés à la grande table centrale après la photo officielle, avec notre nom à notre place et un service sous cloche qui a attiré le regard de tous les autres passagers. Nous avons passé un agréable moment à déguster des mets délicieux en discutant avec notre jeune commandant de 38 ans et les autres invités. La table Ponant est à la hauteur de sa renommée mondiale : on se régale.

Nous avons esquivé le spectacle de danse du Grand Salon pour aller en passerelle discuter avec l’officier de quart, son jeune stagiaire de 18 en première année d’école d’hydrographie de Marseille (école de la marine marchande) et la seule femme matelot francophone du bord dont le job sur ce quart était d’observer la mer à la recherche de baleines ou de glaçons qui peuvent gêner la navigation ! Tout le poste de pilotage est désormais entièrement automatisé. Et comme pour les avions, les paramètres de navigation comme les conversations en passerelle sont enregistrées et stockées au Portugal auprès de l’autorité compétente. Nous tentons bien modestement de retranscrire la route sur la carte avec l’aspirant de quart, pour des raisons de sécurité, le parcours marin est reporté toutes les heures au crayon sur une carte en cas d’incident (pour le jeune, c’est toutes les 10 minutes : il faut bien qu’il apprenne).

Il est 23h10 quand nous nous couchons et il fait grand jour. 

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