Jour 5 : 82° nord

Réveil en fanfare ce matin : nous naviguons le long de la banquise. Pour rappel (pour ceux qui ne le savait pas dont nous faisions partie), le pôle nord n’est pas une terre mais une mer gelée qui est entourée de terres : la Sibérie, la Scandinavie (Finlande, Suède et Norvège, le Groenland, le Canada et l’Alaska). Au milieu de tout ça, entre les degrés 82 et 90, rien : que de l’eau et de la glace. Le spectacle est magique ! Quel privilège nous avons d’être ici !

Une baleine est identifiée (que nous ne voyons pas) et le bateau s’arrête. Je vous dis s’arrête comme ça d’un coup mais il lui faut bien 20-30mn pour freiner tout en s’écartant du bord de la banquise afin de manoeuvrer pour se mettre face à elle pour qu’un maximum de passagers puisse observer le panorama ou les animaux du pont 6. Les naturalistes sont avec nous pour nous donner leurs indications et partager leurs connaissances. Plus rien ne refait surface à part un phoque mais qui s’éloigne rapidement.

Nous reprenons le chemin puis stoppons une nouvelle fois. Ce coup-ci, c’est pour faire face à la banquise afin de rentrer dedans par la proue. Le navire est taillé pour affronter la glace arctique. Je décide d’aller en passerelle pour suivre la manoeuvre qui s’annonce délicate. Il faut en effet pousser les blocs de banquise sans les heurter violemment afin qu’ils s’écartent de notre route. Ça craque, ça casse mais ça passe. Le commandant bascule d’un bord à l’autre de la passerelle pour surveiller l’épaisseur de glace et vérifier comme elle se déplace devant l’avancée du navire. Il ne peut pas avancer complètement car si la banquise se referme, elle risque d’abimer les hélices.

Nous restons quelques minutes et redescendons du 82e parallèle vers le 80e. En chemin, nous sommes tous invités sur le pont 6, à la piscine pour fêter l’anniversaire du commandant qui a 38 ans aujourd’hui. Tous les passagers sont en parka rouge avec une coupe de champagne à la main et entonne un « joyeux anniversaire » à-tue-tête. Les danseuses du bord dansent Alexandrie-Alexandra en caraco suivies des jeunes cadets du bord (élèves officiers en stage) qui enchaînent un YMCA rejoint par le commandant. Il s’en sort bien car il a cru passer à la baille, dans la piscine chauffée, pas dans la mer arctique : l’équipage est plutôt sympa.

La navigation continue pour trouver une banquise moins dense afin que le navire puisse se poser et avoir assez d’espace libre pour que les zodiacs soient mis à l’eau. Nous nous couvrons bien car il fait grand froid à cette latitude. Le spectacle est incroyable au milieu des blocs de glace. Nous passons à l’aller entre deux blocs mais sommes bloqués au retour car la banquise bouge en permanence. Il faut que Jennifer, notre guide, mette les gaz à fond en enfourchant la glace pour réussir à passer. Un peu plus et nous finissions comme l’Endurance de l’expédition d’Ernest Shakeckleton, dont l’équipage est resté plus d’un an prisonnier de l’Antarctique en 1915. Pour nous, la fin est plus heureuse et nous prenons la direction du zodiac dédié au goûter qui sert des macarons et de l’aquavit. Avec tout ce que l’on boit le soir, nous votons contre cette halte gourmande pour passer plus de temps en mer.

Les glaces sont sculptées par le vent et les courants. A l’endroit où nous sommes, l’épaisseur ne dépasse pas 4 mètres en tout. D’après notre guide, dès 12cm d’épaisseur, un humain peut marcher dessus. Mouais, pas trop rassuré d’y aller quand même ! Un peu au loin, un énorme Morse se prélasse sur un glaçon : il relève une patte de temps en temps, baille un coup et reprend sa sieste. Quel privilège nous avons d’être présent ici, en mer arctique, à 800 km du pôle nord ! Un grand merci à mes parents pour ce cadeau inoubliable.

Rentrés à bord, une nouvelle expérience m’attend : me baigner à la piscine extérieure face à la banquise. L’eau salée est chauffée par la chaleur des machines : elle est à très bonne température. Seule la sortie se fait rapidement pour enfiler le peignoir afin de ne pas prendre froid.

Et le rythme de la soirée reprend : tenue de cocktail, débriefing par l’équipe de naturalistes, coupe au bar avant le dîner. Nico et Evelyne se sont inscrits avec les naturalistes qui ouvrent leur table pour le dîner. Nous prenons le repas avec mes parents derrière la table du commandant qui continue les festivités autour de son anniversaire mais avec les officiers du bord. Les danseurs font un petit spectacle et un gâteau spécial lui est offert pour l’occasion. Comme c’est la cheffe pâtissière qui lui apporte, j’en profite pour l’arrêter au passage et partager notre satisfaction avec elle. C’est une magicienne qui réalise des gâteaux et desserts délicieux. Elle est toute rouge de confusion mais est contente d’entendre ses mots en direct. Elle se nomme Aurélie Extra : ça ne s’invente pas.

Sophie, qui a pris froid, n’a plus de fièvre mais a perdu sa voix. Après le dîner et la conférence sur l’ours, nous allons nous coucher avec du miel et le fameux whisky sec pour tuer les microbes. Hip !

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