Jour 7 : le jour des baleines

Il faut admettre que le réveil a été plutôt tardif : nous avons gentiment demandé à la femme de chambre qui passait de revenir…dans l’après-midi. Sophie et moi avons raté le petit-déjeuner et la conférence du matin : quitte à dormir, on était mieux dans notre lit. Nous émergeons appelés par le commandant qui annonce une baleine en vue. Dans ce cas, c’est branle-bas de combat : nous nous équipons avec la parka, le bonnet et les gants et montons sur le pont avec les jumelles. Sauf qu’entre-temps, le nombre de mammifères augmente à 10, puis 20 puis…il arrête de compter, stoppe les machines pour observer.

Nous sommes en plein milieu d’une chasse dans laquelle évolue une centaine de baleines avec leurs petits et des rorquals. La mer était d’huile, le soleil éclatant : on en a pris plein les yeux. Certaines sont venues tout prêt de la coque et sont passées sous le navire. Même Katia, la naturaliste spécialisée sur les baleines et Manuel le chef de l’expédition qui a déjà passé 10 ans au Svalbard n’avaient jamais vu une telle concentration. A la différence de l’ours qui reste un animal solitaire, la baleine n’a aucun souci pour chasser en meute : elles se regroupent pour faire remonter le krill et le plancton en l’emprisonnant dans une colonne en tournant autour. Ensuite, il ne reste plus qu’à plonger et à remonter au milieu du garde-manger, bouche grande ouverte. Les oiseaux connaissant la technique : ils attendent en volant au-dessus et plongent pour récupérer les miettes. Un coup de nageoire hors de l’eau est la seule réaction d’humeur quand l’une considère que c’est son tour et qu’il y a trop de monde « à table ».

Katia fait une demande à tous les passagers munis d’appareil-photo à peu prêt sérieux. Le challenge est de photographier la nageoire codale (enfin la queue pour les amateurs…) mais pas n’importe comment : il faut qu’elle soit bien perpendiculaire au niveau de l’eau et que l’on voit le dessous, sorte d’empreinte digitale du mammifère. Et tout ça pour renseigner le site HappyWhale, sorte de Facebook de toutes les baleines du monde, pour les identifier, les recenser et visualiser leur parcours entre les eaux chaudes où elles mettent bas et les eaux froides des pôles où elles viennent manger (pas dans la même journée, je rassure notre aimable lectorat mais à chaque saison). Je tente de me mettre dans le lot des photographes mais je dois admettre que mes photos iphonisées sont trop pixelisées et ne pourront servir que très modestement (ou pas du tout) à l’avancée de la science. Laissons faire les pro qui sont venus avec des téléobjectifs de 50cm de long.

Au bout de deux heures, le commandant doit bien remettre les moteurs en route pour rejoindre notre destination au fond d’un fjord. Le programme est chamboulé en raison de la « perte » de temps du matin : nous ne pourrons pas marcher sur un glacier comme prévu car la randonnée est trop longue.

Nous allons quand même à terre pour les observer de plus prêt à pied. Comme d’habitude, les gunners sont de sortie pour sécuriser le site. Mais nous constatons avec stupeur que la naturaliste Aude (celle qui était déchirée à la soirée de la veille) s’est vu confier un fusil. Est-ce bien raisonnable vu son état ? Va-t-elle être capable de viser un ours blanc plutôt que des passagers rouges ? Nous nous éloignons prudemment…

La vue sur les trois glaciers est magnifique. Ce fjord est tellement étroit que seul un paquebot de la taille du Boréal peut y accéder (ou des navires plus petits ou des voiliers bien sûr).

C’est la fin de la croisière. Nous qui pensions nous ennuyer, nous n’avons presque pas eu un moment de pur repos. Il faut dire que l’on voulait tout faire et tout voir. La réputation de la compagnie Ponant n’est pas surfaite. Tout est admirablement bien orchestré, chaque détails et chacune des attentions sont là pour passer un moment de luxe assez incroyable tout en étant dans le grand nord. Clairement le modèle « croisière exploration » sur un navire à taille humaine est un concept qui nous va bien. Encore une fois un grand merci à nos parents, Françoise et Alain, qui nous ont fait un cadeau exceptionnel.

Prochaines croisières ? Il paraît que le Groenland est encore plus impressionnant que le Svalbarg pour la beauté de ses icebergs et de sa faune. Et le meilleur pour la fin : l’Antarctique. Encore de beaux rêves !

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