Malgré un réveil matinal contraint par la dépose du sac de Sophie auprès de la Malle Postale, nous partons finalement à 9h comme d’habitude. Il faut dire que nous avons eu le meilleur petit déjeuner depuis le départ. C’était bon, c’était beau, c’était bio, c’était raffiné !
Vu le déluge d’hier, nous sommes pris dans un épais nuage de brume. La température est plus que fraîche et nous sommes obligés de porter la polaire pour nous lancer sur l’ancienne voix ferrée aujourd’hui reconvertie en chemin pédestre. C’est bien plus tranquille qu’hier car les motards ne doivent pas être si matinaux. On longe pourtant la RN106 mais c’est plus calme.




A propos de Cassagnas, je laisse Stevenson d’écrire le site. «Toutefois, bien que situé ainsi à l’écart du cours des affaires humaines, ce hameau avait déjà fait figure dans l’histoire de France. Tout près de là, dans des cavernes de la montagne, se trouvait un des cinq arsenaux de Camisards. Ils y emmagasinaient des vêtements, et des vivres et des armes en cas de besoin ; ils y forgeaient des baïonnettes et des sabres et fabriquaient eux-mêmes leur poudre à fusil, au moyen de charbon de saule et de salpêtre bouillis dans des marmites. Dans ces mêmes cavernes au milieu de cette industrie d’une grande diversité, malades et blessés étaient montés pour guérir. Là, ils étaient visités par deux chirurgiens, Chabrier et Tavan, et ravitaillés en secret par les femmes du voisinage. » Voilà, vous savez tout de ce micro lieu chargé d’histoire.
La montée de +400m est tranquille. Je suis juste pris d’un gros rhume des foins. Pendant 4h, je ne fais que moucher et éternuer le tout avec des yeux qui piquent. Un bonheur. J’irais à la pharmacie demain pour un antihistaminique (je devrais toujours en avoir dans le sac de rando en fait).



Nous trouvons un magnifique site pour nous poser et déjeuner avec vue sur le parc des Cévennes. Mais a peine remballer, nous devons enfiler les ponchos pour nous protéger des trombes d’eau qui s’abattent sur nous le tout sous un tonnerre du diable pendant une heure. Mais nos 4 mamies, dites les Charlottes, n’ont même pas eu la possibilité de déjeuner. Ce sont les aléas de la randonnée.

Nous arrivons à St Germain de Calberte sous un paysage assez époustouflant. Toutes les parcelles de terrain sont aménagées à fleur de montagne. Ce principe permet de cultiver sur des reliefs escarpés soumis aux précipitations du climat méditerranéen. Le site, encore utilisé de nos jours, sert à une partie des jardins du village. Les Cévenols ont longtemps entièrement réalisés ces jardins à la main, montant les murs, maintenant la terre et apportant l’engrais. Les murs de pierre sèche emmagasinent la chaleur le jour et la restituent la nuit, créant un climat favorable au jardinage et au verger.
Nous discutons avec un jeune belge installé dans le village qui plante ses plants de tomates. Les maisons sont construites directement sur la roche et l’espace aménageable est réservé aux jardins paysans. Pour lui, chaque maison du village dispose de son lopin de terre en terrasse. Mais l’habitude se perd : depuis la Covid, le prix des maisons, en pleine nature et perdues dans les Cévennes, a flambé et les nouveaux propriétaires ne sont pas motivés par la terre qui va avec.
Le gîte La Lune Rousse est une maison moderne sans charme tenue par un monsieur seul. Son accueil est généreux avec un sirop ou un thé offert. Pour le panorama, c’est à couper le souffle. Sophie et moi faisons notre séance quotidienne de yoga sur la terrasse en pierre de Lauze chaude. Quel bonheur !



Nous récupérons le sac de Sophie, ce qui n’est pas le cas de l’une des clientes qui attend toujours sa valise à 18h30 (elle est passée avec le concurrent de la Malle Postale qui semble nettement moins bien organisé).
« Une pleine corbeillée de lois et de décrets, non plus que les sabots et gueules des canons d’un régiment de cavalerie ne peuvent modifier d’un iota la liberté de penser d’un laboureur. »
Robert Louis Stevenson
Superbes photos et beau récit. Faut faire un livre !
J’aimeAimé par 2 personnes