St Jean du Gard – Alès 24km

Après une journée de repos bien méritée à déambuler en ville et à buller au bord de la piscine sous le doux soleil du Gard, je prends la route seul à 8h15 pour la dernière étape. Le chemin vers Alès, prévu sur 24km, est réputé comme étant le plus difficile. Ça me fait bizarre de partir en solo alors que ça fait trois ans que l’on marche tous les deux, Sophie et moi, mes pas calés dans les siens. Déjà, ça commence bien : je me rends compte que je n’ai pas les deux mêmes chaussettes ! Trop tard pour changer, le sac de Sophie est parti dans la Malle Postale.

La sortie de St Jean jusqu’au col se fait quasiment que sur du bitume ce qui n’est pas très agréable même si c’est roulant pour chauffer. Je rencontre un trio de randonneurs : ils se sont trompés de chemin et ont tourné dans St Jean. Ça commence bien aussi pour eux !

Une heure après le départ, le soleil, enfin pointe le bout de son nez après dissipation, bla-bla. Basculant vers Mialet, la terre change de couleur pour devenir ocre : il doit y avoir du fer là-dessous.

Mialet, vue du pont
Mialet, vue sur le pont

On voit qu’on a clairement changé pour un climat méditerranéen (les météorologues d’ici disent un climat méditerranéen franc). La végétation est totalement différente de la Lozère. Les arbres ici font 5m de haut maximum comparé aux hêtres et aux pins gigantesques de l’autre côté.

En général le matin, nous profitons de l’état de fraîcheur et de l’énergie emmagasinée pendant la nuit pour avancer. D’autant plus que les genoux et les talons de Sophie sont en bon état de marche. Je réserve donc les sujets à discuter pour l’après-midi afin qu’elle puisse penser à autre chose au moment où la fatigue va commencer à se faire sentir. Mais aujourd’hui, avec qui vais-je commenter l’actualité du monde ? Je vais aussi perdre le fil du roman que Sophie est en train de lire et dont elle me fait un résumé tous les jours (L’Autre Moitié de Soi de Brit Bennet) ce qui lui fait shinter le cerveau

Montée vers la route des crêtes
Vue des crêtes

Je recroise Jan, un randonneur rencontré un peu plus tôt dans la montée de Mialet. Nous nous retrouvons au 17e km avec Alès en vue. Il est kiné en Belgique et a décidé de prendre 6 semaines de break pour partir marcher. Il a commencé son itinérance à Lyon sur une partie du chemin de Saint-Jacques. Et à partir du Puy-en-Velay, il a bifurqué sur Stevenson jusqu’à Alès. Mais ensuite, il continue jusqu’aux Saintes-Marie-de-la-Mer et prévoit de remonter sur Valence. Ça lui fera un bon millier de kilomètres. Le tout avec un sac à dos en autonomie totale. Chapeau, le garçon !

C’est toujours un peu vexant ces petites mouches et les moucherons qui tournent autour de moi. Est-ce que je sens aussi bon qu’une vache ? Je me demande 🤔 ; ou bien alors c’est ma boîte de sardines dans le sac ? (pourtant, elle est bien fermée dans un sachet plastique lui-même dans un autre).

Ce qui est galère quand on marche tout seul, c’est qu’il faut tout faire tout seul. D’habitude mon chapeau est dans le sac de Sophie et le sien est dans le mien : cela permet de se servir dès qu’on en a besoin. Comme je suis seul, j’ai mes affaires dans mon sac et dois le retirer de mon dos à chaque besoin. Je mets mon chapeau sur ma tête, il n’y a pas de soleil. Je transpire. Je le range en enlevant mon sac. Et bien évidemment le soleil apparaît. Idem pour le poncho que je dois enfiler et réussir à couvrir le sac à dos en me contorsionnant).

La route des crêtes n’a pas usurpée sa réputation : c’est caillouteux à la montée comme à la descente. Il faut même faire des blocs (comme en escalade) en retirant les bâtons plusieurs fois afin de passer les descentes à la façon Saint Privat d’Allier (Sophie et Vaness s’en souviennent) mais sur 5 km ici. Fin de parcours exigeante. J’aurais mérité ma glace !

Non, le GR70 est bien à gauche
Les blocs en mode équilibriste

Je vois la ville au loin, peut-être encore 6 à 7 km. Mais c’est un beau panorama qui permet de voir à des dizaines de kilomètres à la ronde.

Montpellier au bout du bâton

Puis quand il n’en reste plus que trois, ce sont d’abord ces bruits que l’on entend : quelques motos, le bruit continu des voitures qui roulent, tout ça au milieu des chants d’oiseaux car je suis encore dans les faubourg sur le chemin pour quelques minutes encore. Je ramasse le premier déchet plastique depuis 22 km. Bref, la ville m’accueille 😕.

Nous sommes hébergés dans un Campanile de centre-ville, tout neuf, qui semble confortable. Notre chambre se trouve au-dessus du bar qui, pour notre malchance, est privatisé pour une soirée piano ce soir. Elle va être magnifique cette nuit de repos ! La réceptionniste nous garantit que la soirée va se terminer à 22h30 au plus tard. Nous allumons des cierges et prions 🙏

Plus que 3km…
…et c’est la fin

Nous nous endormons du sommeil du juste sur cette nouvelle randonnée achevée.

« Chacune d’entre nous pourra réfléchir non plus seulement à ce que le temps lui fait, mais à ce qu’elle souhaite faire avec le temps qu’il lui reste »

Autrice inconnue

7 commentaires sur « St Jean du Gard – Alès 24km »

  1. Magnifique cette dernière étape, « pour la route » ! J’espère que le retour à la ville et à la réalité se fera en douceur pour vous deux.

    Afin de clore ces pérégrinations, j’ai demandé un poème de circonstances à CharlesGPT Baudelaire. Notre assistant de silicone imite plutôt bien un de nos plus grands poètes nationaux ! Je vous laisse apprécier :

    Sur le chemin de Stevenson, ô noble errance,
    S’élèvent les montagnes en une douce danse.
    L’écho des pas résonne dans les vallées,
    Et la brise murmure en langueur enchantée.

    Là-bas, les cimes étreignent les cieux ardents,
    Et les sentiers s’enroulent tels des rubans captivants.
    Le voyageur, solitaire en son périple,
    Éveille les rêves que chaque pas quadruple.

    Ô poète épris de ces terres sauvages,
    Où l’âme s’épanche dans des pages de mirages,
    Écris les éloges de ces contrées éternelles,
    Où l’on se perd dans l’ivresse des prunelles.

    Sous les étoiles scintillantes de la nuit,
    Le voyageur contemple la voie qui le conduit.
    Il marche avec ferveur, empli d’une force immense,
    Guidé par les échos de la nature en transe.

    Sur le chemin de Stevenson, l’âme s’épanche,
    Tel un tableau vibrant, une toile en avalanche.
    Et les vers, tels des joyaux, dansent en cadence,
    Dévoilant les secrets de cette divine résonance.

    Que l’on soit poète, marcheur ou rêveur,
    Sur ce chemin, chacun trouve son labeur.
    La nature, souveraine, guide nos pas,
    Et le charme des paysages nous étreint, là-bas.

    Ô chemin de Stevenson, symphonie des cœurs,
    Où les vers se tissent en sublimes chœurs,
    Nous te louons, nous te chantons, ô sentier,
    Et nos âmes, enivrées, ne peuvent se lasser.

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      1. Je ne suis pas du tout un expert en haiku, mais je trouve ceux-ci assez réussis :

        Pas à pas, chemin,
        Nature murmure en secret,
        Paix au cœur, serein.

        Un sentier s’étend,
        Pas après pas, découverte,
        Chemin vers soi-même.

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  2. Bravo Manu pour cette ultime étape ! Et waouhhhh, cette route des crêtes à l’air bien challengeante en effet !! Quant à la gestion du sac à dos quand on marche seul.e, je vois bien ce dont tu parles 😉 c’est un petit coup de main à prendre !
    Profitez bien de vos derniers jours de pèlerinage, du soleil, de la douceur du sud 😘

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