Aire s/l’Adour – Miramont 19 km

Première rencontre avec un vrai pèlerin. Par vrai pèlerin, nous entendons le gars qui a claqué la porte de chez lui à Paris, qui a acheté son matériel et est parti de la tour Saint-Jacques. Il a traversé la région parisienne rejoignant Fontainebleau par Mennecy, puis à continuer par la route de Vezelay pour traverser l’Yonne. Avec le temps pourri qu’il y a eu en avril et en mai, il a vécu des moments épiques, sans pouvoir se ravitailler (peu ou pas de magasins). Il a décidé d’aller jusqu’au bout puis rejoindre Porto après Saint-Jacques. Le gars fait 56 kg et porte ses 15 kg sur le dos. À Nogaro, il voulait se reposer dimanche : pas de bol, le camping municipal était à 500 m du circuit du championnat de France moto ! Bruno se surnomme lui-même le galérien.

Après quelques ravitaillement préventifs, vu la taille des villages que nous allons traverser, nous attaquons la sortie de Aire-sur-l’Adour par une côte bien abrupte qui nous sert d’échauffement pour arriver à l’église Sainte Quitterie. Une marcheuse passe devant nous avec ses écouteurs sur les oreilles sans daigner nous jeter un regard ni même dire bonjour . Dans l’autre sens, nous croisons Jean-Baptiste, notre musicien, qui redescend la côte car il s’est rendu compte 1 km plus loin qu’il avait oublié son téléphone dans son hébergement. Ça, c’est ballot.

Lors de la descente sur l’autre versant vers le lac, Sophie rate une marche et s’étale de tout son long. Hormis le souffle coupé et les poignets un petit peu douloureux, tout est OK, et elle repart avec l’énergie de la marcheuse. Mais des bleus font leur apparition en fin de journée.

Nous passons sous l’autoroute A35 qui relie Pau à Bordeaux. Certains roulent à 120km/h en regardant droit devant sans imaginer que d’autres marchent à 300m d’eux au rythme fou de 4 km/h. Pour nous, le trajet est aussi monotone que sur l’autoroute : on se fait 10 km de ruban asphalté plat comme la main, bordés de champs de maïs à perte de vue. C’est un peu pénible mais on savait que cette partie de liaison jusqu’à St Jean-Pied de Port n’était pas folichonne.

Tentation du pèlerin
Pause avec Régis
Enfin un peu de dénivelé

Nous arrivons à 14h à Miramont-Sensacq en stoppant au fournil de Jean-Pierre dont nos hôtes de l’étape précédente nous avaient vanté les délices du pain au levain cuit au four à bois. Comme c’est l’unique halte bar-sandwich-pain à 5km à la ronde, tous les marcheurs s’y arrêtent. Avant de servir, ils regroupent tout le monde dans son fournil et nous explique qu’il est né dans cette maison et qu’il a repris ce fournil depuis juillet 2022 seulement. Il organise des stages pour transmettre son expérience. Et de conclure « c’est vous qui faites vivre les villages mesdames et messieurs les marcheurs. Vous nous apportez votre enthousiasme. Sans vous, on ne ferait que parler du temps, des plantations et de la santé des anciens ».

Accueil au village par…
…Jean-Pierre, le boulanger

Comme nous sommes passés à côté du panneau Sorbets, nous avons droit à notre petite boule de glace. Je pense que ce panneau était mis là à dessin : quel pousse au crime ! Nous passons un moment agréable avant de rejoindre notre établissement pour l’étape du jour. Et là c’est le drame !

Nous n’avons jamais eu un hébergement comme cela. Cela a été un ancien hôtel d’étape qui est resté dans son jus. Tout est pourri, vraiment rien de rien de bien. Le yoga quotidien se fait sur une moquette qui sent la poussière (heureusement que j’ai toujours ma serviette en micro-fibre), le lit « de ma grand-mère » datant de la création de l’établissement. On ne vous parle pas des sanitaires sur le palier ! Bref c’est une cata. De toute façon il n’y avait pas le choix : c’était ça où l’hébergement jacquaire municipal ! Nous sommes arrivés au même moment qu’un couple de retraités tout propre sur eux façon bourgeois versaillais qui ne doivent pas être déçus du voyage. Heureusement que l’hôtesse est adorable.

Il date de quand cet hôtel ?
Toilettes sur le palier
Il est figé là depuis combien de temps ?

Le repas fut simple mais délicieux : il y avait clairement bien plus d’efforts dans l’assiette que dans la chambre. Nous nous sommes retrouvés à table avec Dominique, une maman belge très sympa qui a voulu prendre l’air et est partie sur le Chemin seule ; et le couple de Vannes (pas de Versailles finalement) rejoint par leurs amis de Saaaainte Mâââxime (venus en Teslâââ mââârcher 6 jours avec une valise à roulettes qu’ils ne portent pas bien sûr). « Et puis je n’apprécie pas d’aller dans des gîtes dans lesquels je dois prendre les affaires dans un pââânier» nous déclame la blonde tellement tirée qu’à chaque rire une couture derrière les oreilles risque de sauter. Vous imaginer le tableau : les petites tenues, le maquillage et les sandales pour le soir dans des paniers en plastique et la valise qui reste dehors à coté des sacs à dos de routards ! « Et puis les vitraux Soulages à Conques, quelle hôôôrreur ! » Ils ont tout vu tout fait bref ils sont imbuvables. Mais qu’ils restent à randonner dans l’Esterel ceux-là ! (Je sais ça n’est pas très pèlerin comme remarque mais ils font tellement tâches).

Du coup j’ai quitté la table pour me balader et les ai laissé pérorer pendant que Sophie continue de discuter avec Dominique. Au moment de régler la note, le type de Ste Maxime dit « 44€/personne mais comment font-ils pour vivre ? » Et Dominique de lui répondre : « vous pouvez donner plus. Cela se fait sur le Chemin ». Il s’en sort par une pirouette déclamant qu’il est breton d’origine donc prêt de ses sous. Quel odieux personnage !

« tu ne sais pas à quel point tu es forte jusqu’au jour où être forte est ta seule option » Bob Marley

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