Uvic – University of Victoria

C’est aujourd’hui le début du Road trip au Canada. Nous quittons Vancouver pour rejoindre le terminal d’embarquement du ferry à destination de l’île de Vancouver. L’attente est un peu longue dans la file de voitures mais l’embarquement est ultra rapide. Il faut maintenant patienter 1h30 à bord en traversant une toute petite partie des États-Unis (partie colorée en jaune sur la carte). Notre accent français attire un Acadien qui semble content de parler avec nous.

La traversée en ferry dure 1h30 et le bateau est plein (voitures et passagers). Nous naviguons un bref instant dans les eaux territoriales US. Malgré la tension entre les deux pays générée par Donald, il n’y a pas de navires de guerre prêt à nous torpiller. Ouf.

Profitons de ce moment pour évoquer une partie spécifique du programme d’immigration canadien. Pour information, la densité de la population est de 4 hab/km2 quand elle est de 105 en France. Quand on a déjà une carte de résident, il est possible d’obtenir la nationalité canadienne en participant au programme « Rural community immigration ». Le projet-pilote d’immigration dans les communautés rurales offre la résidence permanente (RP) aux travailleurs qualifiés qui souhaitent travailler et s’installer dans ces communautés éloignées. L’administration a choisi 14 communautés qui ont montré qu’elles pouvaient soutenir et bénéficier de migrants qualifiés. Elles approuveront l’embauche de certains employeurs pour des postes qu’ils ne peuvent pas pourvoir avec des travailleurs locaux. Pour obtenir la nationalité, il faut quand même aller habiter trois ans dans une région rurale, souvent au nord, dans des contrées désertiques, dont le nombre d’habitants n’excède pas un millier. 

J’entame la causette avec une famille de californiens qui se rend sur Victoria également. Pour eux, qui se définissent comme au milieu, les gesticulations de Trump ne sont que de la politique spectacle visant à renégocier les différents accords entre les pays. Rien de plus. Quand je leur parle de l’impact des licenciements des fonctionnaires, ils sont partagés entre une baisse de la qualité des services publiques et la nécessité d’améliorer l’efficacité et le rendement de leurs taxes. J’apporte une précision sur une erreur de jugement que les journalistes français font souvent : il n’y a pas de gauche aux USA (hormis Bernie Sanders). Les Républicains peuvent être comparés à notre FN soit l’extrême droite et les Démocrates à la droite classique type LR-Les Républicains. Tant Biden qu’Obama ont mené des politiques très éloignées de notre vision socialiste que ne renierait aucun LR.

Nous nous arrêtons à l’Université de Victoria dans laquelle Charles a passé son semestre d’échange ‘graduate program’ (master 2 en Europe). Le campus est juste incroyable avec toute l’organisation des bâtiments scolaires, ceux dédiés à l’hébergement et les équipements sportifs très bien faite pour la vie scolaire des 22000 étudiants du campus. Charles nous fait visiter sa petite maison qu’il a partagé avec un indien sympa et un canadien qui ne parlait jamais sauf pour beugler contre son ordinateur quand il jouait en ligne.

Le campus se divise en deux grandes parties : celle à l’intérieur du boulevard périphérique (le Ring) dédiée à la partie académique et celle à l’extérieur pour les activités extra-scolaires. L’extérieur est la seule zone autorisée pour fumer spécifiquement du tabac sur les bancs en bois rouge et du cannabis sur ceux en vert. Nulle part ailleurs il est possible de fumer. Vu le climat plutôt venteux et frais en hiver, il faut vraiment être accroc à l’un et/ou l’autre pour s’adonner à « sa drogue » favorite.

L’université de Victoria est installée sur un territoire indigène que les colons ont largement dominés (et je suis gentil) depuis le début de 19e siècle. Si vous avez suivi l’actualité : en mai 2021, il y a eu la découverte des restes de 215 corps d’enfants enterrés dans une fosse commune du pensionnat autochtone de Kamloops, en Colombie-Britannique ce qui a ravivé la blessure de cette page sombre de l’histoire canadienne. Quelques 150 000 enfants ont été scolarisés dans ces 139 pensionnats majoritairement catholiques entre 1831 et 1996. https://atlasdespeuplesautochtonesducanada.ca/article/l%E2%80%8Ahistoire-des-pensionnats-indiens-du-canada/. En 2015, le résultat de la commission indépendante du Gouvernement Canadien dite de vérité et de réconciliation a conclu « que le système scolaire des missionnaires équivalait à un génocide culturel ». Dès lors, dans toute la Colombie Britannique, la reconnaissance territoriale est une déclaration officielle qui établit la relation historique des peuples autochtones avec le territoire sur lequel nous nous trouvons actuellement. C’est une façon de faire preuve de respect pour leur présence passée et actuelle. 

Nous reconnaissons et respectons les peuples Lək̓ʷəŋən (Songhees et Xʷsepsəm/Esquimalt) sur le territoire desquels se trouve l’université, ainsi que les peuples Lək̓ʷəŋən et W̱SÁNEĆ dont les relations historiques avec le territoire se poursuivent encore aujourd’hui.

En début d’année scolaire, un des professeurs de Charles a déclaré devant tous les élèves :

Je suis un colon. Je suis un allemand frison par ma mère et un allemand celtique par mon père. En 1965, nous nous sommes installés sans invitation sur les terres des peuples natifs. Dès lors, j’ai été l’invité reconnaissant des peuples de nombreuses nations et langues »

C’est pour dire qu’ils ont fait du chemin ici !

Charles a apprécié cet échange scolaire. Le programme business était intéressant quoiqu’un peu lassant vers la fin. Il a profité de rencontres avec des Tchèques, Slovaques, Polonais et a tout fait pour s’éloigner des Français qui sont restés en mode « moules à leur rocher » plutôt que se connecter à d’autres cultures. Il est néanmoins content de rentrer en France et ne se verrait pas y vivre.

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