Avant de quitter le village, nous visitons les ruelles désertes. A n’en pas douter, c’est le plus beau que nous ayons visité jusque là. Tous les bâtiments sont rénovés, des œuvres d’art sont réparties dans tous les coins et recoins. Tout a été fait avec soin et harmonie. Nous prenons le temps d’un café dans le seul bistrot-épicerie. Le patron nous explique l’histoire de cette transformation commencée il y a 40 ans. Sur ces entrefaites, un vieux monsieur salue le cafetier. C’est Dédé. Il est à l’origine du choix politique et financier qui a été pris de créer ce village d’artistes pour qu’il ne meurt pas. Il est tout ému de nous voir le féliciter. Et puis le Monsieur a été un marcheur comme nous. Cela met en connection.
Un peu plus tard que prévu sur le planning, nous quittons donc Marols pour une étape estimée de 17km avec comme seule difficulté l’ascension à 1160m. Euh, comment dire que cette étape s’est révélée bien plus difficile qu’estimée. Les 17km se sont transformés en 23 et avec un dénivelé négatif très fort. Aucun doute : je me suis trompé dans le calcul du routage. Les genoux ont pris mais surtout les talons de Sophie qui la font souffrir de plus en plus. Les 5 derniers kilomètres sont un calvaire. D’autant plus que Leignec, notre étape du soir est sur un piton rocheux qu’il nous faut gravir une nouvelle fois. Notre Chemin a commencé en balade, est devenu une marche et se finit en épreuve. Puiser dans nos ressources mentales et physiques, c’est le sens de ce pèlerinage aussi. On le savait avant de partir.






Heureusement que chacune de nos étapes est un ravissement qui font l’effet d’un baume réparateur. Nous découvrons de nouveaux villages et faisons la connaissance d’hôtes très sympathiques. Leignec n’échappe pas à la règle. Leur gîte est d’un grand confort et leur table délicieuse. Nous pensions maigrir en Chemin : il n’en ai rien. C’est apéro tous les soirs, dîner entrée-plat-dessert avec vin et digestif local. Mais on se régale.
Pour revenir à la « promenade » du jour, nous avons découvert des paysages incroyables. Comme nous avons attaqué la descente par le village de caractère de Montarcher (encore un de plus après Marols). Plus haut village de la Loire à 1100m d’altitude, il domine toute la vallée de la Haute Loire. Quel panorama ! Nous déjeunons sur une table de picnic seuls au monde face à cette immensité. Nous sommes heureux. Par contre, le vent très frais nous refroidit. Le coin est tellement frisquet que même le seigneur au moyen-âge décide de se faire construire un autre château dans la vallée, plus abrité du vent. Son nouveau domicile est aujourd’hui un domaine privé magnifique près d’Estivareille.




A cet endroit, sur le grand panneau dédié aux randonneurs et aux marcheurs, deux Chemins se séparent. L’un passe à l’ouest et l’autre à l’est. Nos réservations nous ont fait prendre le second. Par contre, il n’y a plus de coquilles jaunes stylisées sur fond bleue servant à l’orientation (voir billet précédent). Quelques kilomètres plus loin, de nouvelles coquilles apparaissent mais des vraies peintes en bleu. Étrange.
Avant d’entamer la dernière longueur vers Leignec, nous passons par Apinac qui se trouve être le village d’enfance du grand chef Pierre Gagnaire. Dans un dernier effort et une belle suée, nous arrivons au gîte des Charmilles accueillis par nos hôtes. Je demande directement à Jean-Claude pourquoi il n’y a plus de coquilles officielles pour nous guider. Piqué au vif, il répond «vous les avez vu les coquilles peintes en bleu ? ». Nous lui répondons que oui, il est soulagé et nous raconte l’histoire avec son accent local. En pratique, il y a la guéguerre du Chemin. L’ouest (pas le nôtre) est estampillé avec les étiquettes classiques car géré par l’association de St Jacques de Compostelle de la Loire. Il se trouve que le président et sa sœur ont chacun un gîte sur l’itinéraire. Ils orientent donc les pèlerins vers la route ouest qui n’est pourtant pas l’officielle et historique. C’est une variante mais bien la source de leurs revenus. Pas très charité chrétienne tout ça 🧐. Du coup, le Chemin « est » que nous empruntons a été balisé par notre hôte avec ses coquilles peintes en bleu qu’il se fait régulièrement casser par le gars de l’ouest. C’est Ok Corral ici !




Après les étirements quotidiens dans le jardin face à l’église (la seule en France (?) dont le clocher est tourné vers le nord car il s’agit de la transformation du donjon du château qui a brûlé), nous voulons dîner tôt. A 19h nous rejoignons Monique et Jean-Claude pour un dîner qui nous amènera jusqu’à 22h30.
Ce dimanche nous bullons un peu sur place à nous inspirer des pensées laissées par Axel Khan venu se reposer aux Charmilles il y a quelques années. L’étape du jour est toute courte : 12km pour de vrai cette fois (si je me trompe encore, Sophie me fait ramper jusqu’au Puy). Bonnes fêtes à nos Mamans.
L’obstination est le chemin de la réussite
Charlie Chaplin
Merci pour vos partages d’aventures les amis. Et bien sûr bonne fête à Sophie 🙂
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Tout d’abord, bonne fête à Sophie.
Ravi de voir que le beau temps est revenu, surtout à 1000m d’altitude!
Merci pour ces belles photos et ces informations croustillantes.
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J’adore vos récits je me régale chaque jour
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