Le Puy-en-Velay (fin provisoire)

Le physique

Globalement, nous allons bien après ces 330 km de marche. Sophie a été un peu handicapée par ses talons qui l’ont fait souffrir sur les quatre dernières étapes. Froid, pied en l’air, rien n’y fait mais elle a continué d’avancer en refusant mes propositions de liaison par bus ou taxi. Quelle motivation ! Pour moi, rien à signaler. Aucun bobo, aucune tension, aucune ampoule.

Notre mental a joué à plein mais de façon assez naturelle finalement. Sur les premiers jours, nous continuions à parler, raconter nos histoires, réfléchir. Et puis au terme de la première semaine, c’est comme si le cerveau 2 (réflexions, pensées, analyses) c’était mis en sommeil pour que le cerveau 1 (réflexes, attention, instincts) se mette en marche. C’est peut-être ça le fameux côté reptilien.

Bien sûr, le sac a parfois été pesant sur les épaules. Mais plus nous avancions, moins nous nous arrêtions tous les 5km pour se détendre. Le corps s’habitue à tout, même à 50 ans passés. Sans doute que la tête y est pour beaucoup mais c’est comme pour tout : si on se laisse aller aux pensées négatives, elles prennent toute la place et on tourne en boucle (c’est loin, c’est haut, c’est mouillé, fait chaud ou froid…) comme un hamster dans sa roue.

L’hébergement

Il n’y a pas photo : choisir un hôtel est vraiment un second choix par rapport à une chambre qui fait table d’hôte. L’accueil, l’espace, et surtout la qualité des échanges et des mets penchent tous pour l’hébergement chez l’habitant. Peut-être est-ce lié à la Covid et la réouverture proche des établissements mais tous ces petits hôtels manquent d’âme. Clairement pas ce que nous cherchions et plus du tout ce que nous choisirons à l’avenir, même pour nos étapes touristiques.

L’équipement

Le choix de la laine mérinos s’est révélé payant. Pour rappel, cette matière ne garde aucune odeur, sèche très vite : c’est vraiment idéal. Nous avions apportées un t-shirt en synthétique « technique » chacun mais nous ne l’avons finalement que rarement mis et jamais en marchant.

Et puis, pour la lessive du soir, idem : un coup d’eau et hop en une heure à l’air c’est sec. Même pour la polaire (seul et unique vêtement chaud), la marche de la journée en retournant les manches suffit à enlever les odeurs de transpiration.

Pour faire suite à la partie reptilienne précédente, il semble aussi que le corps se régule de lui-même en situation particulière. En tout cas, pour nous, aucune odeur à déplorer après 18 jours. La nature est forte quand même. Enfin…est-ce pour cela que l’on a personne d’assis à côté de nous dans le TER du retour 🧐 ?

Pour le sac, nous avons apprécié les sacs Deuter avec filet dans le dos prêtés par mon frère. Magiques ces sacs ! En ce qui concerne la contenance, 28 litres et 1,3kg sont idéaux pour transporter les vêtements quotidiens, y rajouter ceux de pluie lorsqu’il fait chaud et la nourriture (parfois pour deux déjeuners). Conseil : ne surtout pas mégoter sur ce budget comme sur celui des chaussures d’ailleurs.

L’itinéraire

Originellement, nous voulions partir de Vezelay mais le passage par le Morvan (sans doute très beau) nous a été déconseillé par Anne-Claire qui a soulevé le point du froid possible sur ces monts venteux et frais. 👍

Du coup, plutôt que d’éviter d’attaquer directement par le Puy-en-Velay et son Massif Central, nous pensions que commencer par les vallons de Bourgogne et de La Loire serait plus facile. C’est ça oui 🤒 ! En fait, à la lecture a posteriori des courbes de niveau de l’appli IGN avant et après Le Puy, il est clair que ce tronçon Cluny-Le Puy est bien plus vallonné avec des forts dénivelés que celui l’on retrouve ensuite. Après Le Puy (environ 500m), on monte à 1000m pour atteindre l’Ardèche et l’Aubrac. Le marcheur reste à cette altitude en montant parfois à 1200m puis redescend doucement jusqu’à Conques puis Cahors. Bref, une promenade de santé 😆.

Le spirituel

Ah voilà le sujet le plus fort finalement. Il est communément admis que trois raisons motivent le Pèlerin : le religieux, le sportif et l’amour. Et oui, les statistiques (mais l’Insee ne s’y est pas penchée) montrent que des couples se créent sur le Chemin. Même le prêtre du Puy en a parlé.

Sur le Chemin, Sophie s’est plusieurs fois attendu à ce que les personnes rencontrées dans les villages lui parlent dans une langue qu’elle ne comprendrait pas… comme lorsque l’on se trouve à l’étranger. Et à chaque fois, elle a été surprise qu’on lui parle en français 🤔 : déconnexion totale. Pour Paulo Coelho dans « Le Pèlerin de Compostelle », c’est l’effet de renaissance qui agit sur le voyageur :

Tu te mets à accorder beaucoup plus d’importance à ce qui t’entoure, parce que ta vie en dépend.

Pour moi, partir ainsi à pied était une façon de « ranger la chambre » (comme dit Nicolas Hennion, mon coach qui « libère la bête ») ! Depuis 2019, j’ai eu à faire face à de tels chamboulements (nouvelle équipe à recréer, risque de fermeture de la société après la tornade Covid) et ai dû me remettre tellement en question en reconnaissant que j’étais le facteur limitant de ma boîte, que ce pèlerinage était devenu évident et nécessaire. J’y ai trouvé une grande sérénité. Sur le Chemin, je n’ai jamais pensé à tout ce que je ne faisait pas mais simplement au meilleur qui allait venir.

Je remercie d’ailleurs dans le désordre mon équipe qui m’a donné l’opportunité de TOUT couper pendant 3 semaines (ce que je n’avais pas fait en 20 ans), mes coachs (Nicolas Hennion et Philippe Moyen) qui m’ont permis de voir la lumière, mes amis entrepreneurs de la Cordée pour leur mise en sellette sans concession mais toujours bienveillante et enfin Sophie, qui suit son fondu de mari dans tous ses plans de zèbres, plus farfelus les uns que les autres depuis son départ avec un étudiant à Los Angeles en 1994 après avoir démissionné de la BNP et être accueilli par le tremblement de terre 6.8 le jour de son arrivée 🥰. Et en 30 ans de vie commune, ce fut l’un de nos premiers voyages tous les deux, sans personne, 24h/24, et sûrement le plus beau.

Remerciements

Il est toujours bon d’avoir une activité lente avant de prendre une décision importante dans la vie. Les moines zen écoutent les rochers grandir

Paulo Coelho, Le Pèlerin de Compostelle

Merci à tous ceux qui nous ont suivi durant ces 3 semaines et qui ont contribué à notre bonne humeur quotidienne par leurs gentils et souvent drôles commentaires.

Un avis sur « Le Puy-en-Velay (fin provisoire) »

  1. Une vraie quête spirituelle par votre intermédiaire. Plus besoin de partir, juste chausser les tongs.
    Cette première étape en annonce-t-elle d’autres : j’espère pour vous. Nous vous suivrons en vous encourageant, où que vous alliez.
    Bon retour dans la (fausse ?) vie !
    On vous embrasse.

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