
Le week-end est là pour repartir à la vie de touriste. Ce samedi 20 Novembre est un jour important car nous allons visiter l’Acropole. C’est un lieu sacré pour les Athéniens. Dans le métro d’ailleurs, une des stations d’arrêt est Aghios Nikolaos (St Nicolas). Au moment où la rame pénètre sur le quai, ma voisine se signe trois fois (comme le font toutes les personnes dans les églises orthodoxes ici). Sophie le note de nouveau avec un autre passager. Quand on vous dit que la religion est omniprésente, c’est vraiment qu’elle est partout.
Notre heure de visite est fixée à 10h30 précises sur nos billets achetés sur internet. J’imagine qu’ils gèrent les flux par tranche horaire vu le monde déjà pour un samedi de Novembre. Mais le poinçonneur de service ne pense qu’à contrôler nos passes sanitaires sans prêter attention à notre heure de passage. Ce sont des horaires à la Grecque.
Céline, notre guide, nous avait recommandé de passer par la porte Sud, celle de la station de métro Acropolis et du Musée National. La raison est que la montée est plus longue vers le plateau du Parthénon et que l’on s’immerge mieux dans ce que pouvait être la vie autour de l’Acropole. Nous avions d’ailleurs fait l’acquisition de son guide papier expliquant le site d’une façon différente et moins « technique » que peut l’être Wikipedia parfois.
André Malraux
C’est par la première civilisation sans livre sacré que le mot intelligence a voulu dire interrogation
Comme pour les autres sites antiques, nous arrivions avec l’image négative de tas de pierres éparpillées sans intérêt. Et bien pas du tout. Il y a des constructions incroyables comme l’odeon d’Hérode Atticus, toujours utilisé pour le festival de musique d’Athènes ou bien le Parthenon majestueux ou l’Erechthéion et ses magnifiques Cariatides. C’est sur l’initiative de Périclès, en -447 av JC, que les citoyens athéniens votent un programme architectural grandiose : l’Acropole. En moins de 10 ans le temple en l’honneur d’Athéna Victorieuse (Niké, d’où le nom de la célèbre marque de basket) est construit.



La montée continue jusqu’aux Propylées, immenses porche d’entrée, magnifiquement rénovés (travaux toujours en cours) qui permet au visiteur de se transporter du monde profane vers celui du divin. Ce passage franchi, la disposition des temples est faite de telle sorte que l’œil les embrasse instantanément tous : devant, la statue d’Athena en bronze (qu’il faut imaginer), à gauche, le temple de l’Erechthéion avec ses fameuses Cariatides et à droite, le Parthénon.



Ce temple était le cœur de la dévotion à Athena. Il fait la taille d’un terrain de foot et nous écrase par sa hauteur. Tout le site est en rénovation quasi permanente depuis 50 ans. En effet, les travaux du début du 20e siècle avaient pour but de relever les blocs de pierre et les colonnes en les solidifiant avec la technique de l’époque c’est-à-dire en insérant des tiges de fer pour les relier entre eux. Problème : le fer, ça rouille. Avec le temps et la pollution, les pierres ont explosé ce qui a engendré plus de dégâts qu’initialement. Désormais, tous les blocs ont été inventoriés et les rénovations passent par l’ajout de morceaux de titane, qui résiste à la corrosion et le traitement de surface anti-pollution. De plus, pour les morceaux manquants, de nouveaux blocs de marbre sont taillés pour venir s’emboîter parfaitement comme dans un puzzle en 3D. Coût du plus grand bloc : 700 000€ pièce ! Voilà pourquoi la rénovation prend du temps.



Dernier détail et non des moindres : si la face avant du temple nous apparaît à l’œil nu comme parfaitement rectangulaire, elle est en fait construite avec des colonnes incurvées vers l’intérieur et un socle convexe. Sans cet artifice architectural, si le bâtiment avait était construit avec des angles parfaitement droits, nous l’aurions vu comme oblique. Le Parthénon est un édifice qui démontre un degré de complexité et d’ingéniosité rarement égalé. Il est aussi antisismique : l’agencement des blocs lui donnerait une élasticité lui permettant de reprendre forme après une secousse. Et les tambours des colonnes n’étant pas fichés entre eux, assureraient la résistance du tout.


L’intérieur du Parthenon était réservé à une immense statue d’Athena de 9m de haut en or et en ivoire, le tout monté sur une structure en bois. Au-delà de l’aspect symbolique, cette icône servait de trésor pour la cité : en cas de difficulté financière, il était toujours possible de retirer une feuille d’or ou deux pour faire face aux dépenses.
Nous sommes sous le charme. D’autant plus que le temps est juste magnifique (malgré un vent frais) ce qui nous permet de dominer et admirer toute la ville moderne. A noter : nous comptons moins d’une dizaine de grands immeubles sur tout le territoire qui s’offre à nos yeux. Tous les autres ne dépassent pas 4 niveaux : sans doute en raison des contraintes sismiques du pays.
Seules quelques Bimbo botoxées et des jeunes filles à l’attention monopolisée par leur image et leurs tenues stylisées font tâches dans le décor : avec leur perche à selfie, elles ne pensent qu’à se prendre en photo lassivement devant 2500 ans d’histoire sans y prêter aucune attention autrement que de pouvoir tagger leur photo Instagram à l’Acropole et pour faire étalage de leur vie fooooormidable. « Ok boomer » répondraient nos enfants mais quand même, c’est un peu triste.
Et il s’est passé quoi depuis ?
- en 400 après JC, interdiction des cultes païens et destruction du toit du Parthénon et de la colonnade intérieure suite à un incendie
- 5e et 6e siècle : transformation du Parthénon en église chrétienne, les têtes de nombreuses figures sont brisées et certains blocs de la frise sont retirés.
- croisades : construction d’une forteresse
- 1458 : invasion de la Grèce par les Ottomans (indépendance en 1821) et transformation du Parthénon en mosquée
- 1687 : siège de l’Acropole par l’armée vénitienne. L’explosion du magasin de poudre installé par les Turcs à l’intérieur du Parthénon écroule une grande partie des murs
- 1803 : Lord Elgin fait transporter en Angleterre un grand nombre de scultptures du Parthénon qui étaient encore accessibles
- 1900-1929 : premiers travaux de reconstruction du Parthénon
- 1975 : début du programme de reconstruction moderne qui continue toujours. Les pièces originales encore existantes sont remplacées par des copies
- 1982 : Melina Mercouri, Ministre de la Culture, adresse la première demande de restitution des marbres du Parthénon au Royaume-Uni et au British Museum.
- 1987 : inscription au patrimoine mondial de l’Unesco
Ah si, dernier point notable (soulevé par notre archéologue) : aucun oiseau ne survole jamais l’Acropole, aucun rat n’y circule. C’est qu’il doit bien y avoir une énergie spéciale sur ce rocher !
L’après-midi nous flânons dans Athènes et découvrons l’ancienne Agora. Seul monument impressionnant : la Stoa entièrement reconstruite à l’identique dans les années 50 grâce aux financement de Rockfeller. Epoustouflant : on s’y croirait. Nous finissons la journée par l’ascension du Mont Philopapou (ou colline des Muses) pour observer le coucher de soleil qui plonge derrière le Pyrée et l’ile de Salamati.




La soirée à la maison est tranquille jusqu’à 22h car Sophie ne peut résister à l’envie de suivre le match de rugby France-Nlle Zelande via la chat d’Eurosport qui l’amène jusqu’à minuit. Avec une telle victoire (FR 40-25 NZ), quel match cela a dû être ! Car pour nous, avec une adresse IP grecque, impossible de se connecter à la TV française, tant en direct qu’en replay. Donc, la TV ici se limite à TV5 Monde, ce qui est amplement suffisant. Mais on pourrait penser à souscrire à un VPN la prochaine fois.
Les descriptions de vos pérégrinations sont toujours très vivantes, merci du partage !
La question de la restitution des frises du Parthénon est d’ailleurs très d’actualité : https://www.lefigaro.fr/arts-expositions/sous-la-pression-d-athenes-londres-laisse-le-choix-au-british-museum-de-decider-d-une-restitution-des-marbres-du-parthenon-20211122
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Merci Christian pour ce partage d’actualité.
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