Aujourd’hui, c’est la Sainte Sophie. Et comme je suis un mec qui pense toujours aux fêtes 🙄, je lui ai préparé une belle étape : 20km et des gros dénivelés de champions comme elle aime dans la vallée de l’Allier. Hein, que c’est une belle fête ?
Au moment de l’échauffement, on entend clac clac clac sur la carrelage sur couloir, comme si l’on tirait des valises à roulettes. Mais qui peut bien marcher avec des valises ? A la réflexion, nous nous souvenons que des tour opérateurs organisent des transferts de bagages entre les étapes. On se demandait aussi pourquoi une dame portait un jean blanc et une ceinture Hermès au dîner ! Cela détonnait un peu dans l’ambiance gîte communautaire (salade de lentilles à partager, « allez, renvoyez les assiettes en pile au bout de la table ! » nous ordonne notre hôte).
D’ailleurs, au sujet des dames, nous avons noté un nombre plus important de femmes sur le parcours que d’hommes. Quelques couples sont présents, mais on a croisé beaucoup de femmes seules, à deux ou à trois.
Ce matin, nouvelle découverte technique. Après notre hollandais d’hier et sa charrue de 60kg, ce matin nous découvrons Pascal et son Carryx. C’est une sorte de charriot à une roue (petite comme celle d’un scooter) que le monsieur s’accroche à un harnais pour porter environ 20kg de matériel. Sur ce tronçon jusqu’à Conques ils dorment en gîte mais dès que la chaleur va monter, ils ont prévu d’être en autonomie jusqu’à Ronceveaux puis ensuite de rejoindre Biarritz. Belle virée de retraités !
Avant d’attaquer la grosse difficulté du jour, arrêt point de vue à Rochegude. Un gars charge du sable dans un godet de tracteur. On s’arrête donc pour causer. Nous apprenons que Bruno, 68 ans, vient de commencer son woofing. Kezako le woofing ? Il s’agit de travailler au sein d’une ferme biologique en échange du gîte et du couvert. Le woofer a accès, en contrepartie de sa force de travail, à un hébergement et des repas sur une courte ou plus longue durée (quelques jours à quelques mois). Donc voilà notre Bruno, qui avait découvert le gîte de Franck lors de son Chemin l’année dernière, de retour pour s’occuper de l’accueil et l’entretien du gîte, plus du ciment et des brebis.
Ensuite on attaque le gros gros morceau du jour. -350m de dénivelé sur 5km et un +500 en face. Clairement, la gorge de l’Allier à Monistrol tient sa réputation de casse-pattes.








Singularité du jour : après une bonne montée de quelques centaines de mètres bien cassante, une fontaine est disponible pour se rafraîchir. Un gars en profite pour se… raser ! On n’a pas bien compris pourquoi à 12h20, au milieu du Chemin il avait besoin de se raser là, ici et maintenant à l’eau froide 🤔. On sourit, on dit bonjour et on avance. Quelques minutes plus tard, dans la montée, le pic-pic classique des bâtons résonnant sur le bitume nous alerte d’un déplacement rapide. Le « rasé de près » arrive à notre hauteur avec deux sacs, un dans le dos et celui de son épouse sur le devant. Nous commençons à discuter.
Il s’appelle Philippe, a 53 ans et est agriculteur-éleveur du côté d’Orléans. Les deux petites entailles au-dessus de la lèvre montre que c’est bien lui qui se rasait à la fontaine. Il était fatigué de son boulot et a laissé ses grands gaillards (20-26 ans) gérer l’exploitation avant de peter un câble. Nous apprenons qu’il a 10 enfants ! Ah ouais quand même, c’est peu commun ça. Il semble être un catho très pratiquant car au Puy, après la bénédiction, il est allé se confesser. C’est vrai qu’on aurait pu le faire nous aussi mais je ne vois pas trop ce que j’aurais pu raconter au prêtre de permanence 😉.
Nous avons décidé de terminer la montée qui nous a bien pris deux heures avant de faire la pause casse-croûte du midi-13h (les saucissons-ficelles de notre charcutier étaient délicieux). Un marcheur passe avec son âne qui décide de s’arrêter roupiller 5mn juste à notre niveau (l’âne, pas son maître car lui tient la longe en attendant que Nanou se décide à repartir). Le gars et son âne vont à St Jacques. Ils sont partie de Savoie et ont déjà 400km au compteur tous les deux. Respect.
Nous traversons tout le plateau à 1000m d’altitude. Il fait beau mais le vent est très frais. On imagine l’hiver ici : ça doit cailler sévère. Il nous reste 6km et la grande partie se fait sur le bitume ce qui n’est vraiment pas agréable. Un gars nous dépasse, puis s’arrête un peu plus loin pour changer de chaussures. Sophie demande à Jean-Christophe pourquoi il change de pompes : sur du bitume, il préfère marcher en running. Sauf que le chemin de terre reprend dans 50m. « Ah bon comment vous savez ça ? » « Et bien sur le Geo portail de l’IGN » je lui réponds. Voilà un autre heureux de la journée qui ne connaissait pas les cartes topographiques de l’IGN sur mobile. Après les Belges du matin, on a fait un autre partage pratique.
On passe et on repasse un jeune couple dont la fille semble tirer la patte. On marche un peu ensemble et on se met à échanger. Elle n’est pas du tout sportive, ne s’est pas entraînée et a acheté ses chaussures quelques jours avant. Donc, son corps lui fait payer du style « toi, tu ne fais rien de l’année et là tu me malmènes en marchant 20km ! Je vais t’expliquer qui est le patron » (ça c’est son corps qui lui parle). Finalement, en bons samaritains que nous sommes, nous finissons la dernière heure avec le jeune couple. Je tchatche avec Simon (qui est déjà allé à St Jacques en vélo) et Sophie avec Amandine, histoire de lui changer les idées et qu’elle pense moins à sa sciatique dans la fesse. Et bien ça marche ! Elle était radieuse arrivée à Saugues mais pas guérie. C’est la bienveillance du Chemin mais pour les miracles, la direction c’est Lourdes.






Bravo pour cette nouvelle étape !
Effectivement Sophie était à la fête.
Avez-vous su pourquoi Philippe se rasait le midi à l’eau de la fontaine ? Pas d’eau chaude le soir sous la tente ?
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Salut Maître. Non, on n’a pas su mais ce qu’il nous a dit c’est qu’ils étaient en autonomie complète (tente, duvet, réchaud…).
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