St Alban-Aumont Aubrac 24km

Pour atteindre Compostelle, le pèlerin devait traverser une Ria, embouchure d’un fleuve côtier de Galice semblable à celle de certaines rivières bretonnes. Un chevalier cherchait le passage à guet au risque d’être noyé par la marée montante. Il adresse alors une prière à Saint-Jacques. La légende raconte que des milliers de coquillages remontèrent hors de la plage voisine pour s’amonceler sous les pieds du cheval, maintenant Francis le cavalier et son cheval vivants. Cette coquille était l’enveloppe d’un mollusque désormais appelée coquille Saint-Jacques. Le succès de cette coquille, vite adoptée par les pèlerins, fut si important qu’elle est devenue le signe de reconnaissance des marcheurs de Compostelle.

Après cette introduction intellectuelle, nous prenons la route de façon vraiment tranquille. Nous prenons notre temps et sommes les derniers à quitter le petit déjeuner (comme d’habitude en fait). Nous avons l’impression de fermer la marche. Mais ça nous va bien car nous avançons d’un bon pas, bien plus rapide que l’année dernière. Et puis nous partons pour une étape toute courte de 15km.

Un truc nous étonne : C’est le nombre de femmes qui marche par rapport aux hommes. J’ai compté sur la journée que nous avions doublé 38 femmes pour 11 hommes, sophie et moi compris. La plupart marchent en petit groupe mais nous en avons rencontré 5 marchant seule.

A la pause déjeuner, nous rencontrons Elise, 65 ans et 48 kg toute mouillée, qui entame son deuxième chemin. Elle est déjà allée au Cap Finistère (3 jours de marche après Compostelle, et de toute façon, pour aller plus loin, il faut savoir nager avec un sac à dos ; tout le monde n’a pas une formation de nageur de combat). Après cette première expérience, elle a décidé de repartir de plus belle. Pour nos lecteurs assidus, vous vous souvenez peut-être qu’il est recommandé de porter un sac représentant 10 % du poids du corps (sauf pour ceux qui sont en autonomie complète avec la tente et tout le nécessaire à camping). Mais Elise, elle, se trimbale avec 8 kg sur le dos. Elle a le physique ET le mental.

En parlant de déclic mental, un truc s’est produit aujourd’hui. Après une troisième descente de la mort depuis le départ, bien pentue comme Sophie les aime avec autant de dénivelé mais moins de cailloux et de racines pour se retenir, donc beaucoup plus glissant, ne voilà pas que Sophie, toujours avec l’image mentale de Martin Fourcade bien imprimée, se met à dévaler à la vitesse d’un cabri, en courant d’un flan à un autre. Du jamais vu. Un grand blocage vient d’être franchi. Un aquarium de croyance bien fracassé. Trop forte !

Arrivés à Aumont-Aubrac après 24km (soit 9 de plus que calculés sur IGN Rando, merci l’appli 🤨 et en dénivelé +1000/-1100 ), nous marchons quelques pas avec Joseph. Il a 65 ans, il est autrichien et est parti le 11 avril de Salzburg. Il prévoit d’arriver avant fin juillet à Saint-Jacques-de-Compostelle pour la célébration jubilaire . C’est un grand routier car il a déjà fait le Chemin en entier en 2019.

A peine installés, c’est le moment de la lessive commune (pas de chichi ici). Je tape la discute avec Thierman, un allemand de Dutringen, qui a fait un premier tronçon jusqu’à Lausanne, puis un autre jusqu’au Puy pour attaquer la suite comme nous jusqu’à Cahors.

Après le yoga quotidien, nous échangeons avec Emmanuel, un marcheur dont le but était de souffler après une campagne électorale qui l’a rincé. Il se présentait à la députation à Grenoble sous l’étiquette Écologie Les Verts mais s’est fait stopper dans son élan par la Nupes et sa circonscription a été donnée à un LFI. C’est ballot mais c’est la politique. Sophie et lui se mettent à parler littérature. Il lui déclame des poèmes qu’il apprend par cœur sur le Chemin en marchant seul.

Pour le dîner, c’est ambiance communautaire refuge à 40 personnes. Au menu salade (enfin), aligot-rosbif, et gâteau à la cerise. Sophie continue de discuter avec son poète qui est tout content car elle est son premier public. Moi je parle randonnées avec un groupe de retraités de Haute-Loire qui font tous les chemins possibles. Ça donne des idées.

2 commentaires sur « St Alban-Aumont Aubrac 24km »

  1. Amis marcheurs,
    Est-ce que la proportion hommes/femmes ne traduirait-elle pas la différence d’espérance de vie entre les genres ? La capacité à endurer l’effort, voire la douleur ?
    Bon courage !

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    1. Sans doute un peu toutes ces raisons Loys. Je pense que le sexe dit faible est bien plus fort que celui dit fort, à bien plus de courage pour se lancer, en tout cas un courage différent du notre.
      Les femmes sont elle aussi veuves plus tôt que les hommes et donc cherchent une forme de réconfort en marchant ?
      Je laisse les questions ouvertes.

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