Golinhac-Conques 22km

Départ sous la pluie ce matin pour une halte mythique et symbolique : le village est l’abbaye de Conques. Comme Cluny, le Puy-en-Velay, Roncevaux, Conques est un point important pour le pèlerin. Comme il est prévu de marcher 25 km, nous avions mis le réveil un peu plus tôt mais nous avons été réveillés avant qu’il ne sonne par les cloches de l’église juste en face de l’auberge.

Le chemin de Saint-Jacques n’a pas été tracé il y a plus de mille ans par hasard. Il semblerait qu’ils suivent des forces telluriques et les druides du Moyen Âge utilisaient déjà l’énergie du tracé pour suivre les veines de la terre.

La terre, d’ailleurs, sur ce plateau entre Golinhac et Conques, était plutôt acide et donc simplement dédiée à la culture vivrière autour de la pomme de terre et de la châtaigne. Au milieu du XXe siècle, l’utilisation de la chaux complétée par la mécanisation ont permis de la modifier. Cela a été le début des cultures céréalières sur de toutes petites parcelles. Rien à voir avec la Beauce, la Brie ou l’Oise.

Sur le tracé de cette année, seules les marques du GR 65 sont visibles. Il y a très peu de coquilles accrochées aux poteaux. L’année passée sur le chemin de Cluny au Puy, les coquilles étaient présentes en permanence. Sans doute que l’association des marcheurs du chemin de Compostelle est moins active en Lozère et dans l’Aveyron qu’elle ne l’était en Haute Loire. Par contre les équipements pour le confort du marcheur (wc et points d’eau potable) sont de très bonne qualité et permettent des haltes régulières tout au long de la journée.

Pour celle du jour, nous décidons de faire la pause déjeuner au point haut de la journée ce qui nous donne un spot-cantine juste incroyable sur toute la vallée du Lot. Il faut admettre que le point de vue est beau. Quelques pas plus loin, nous trouverons d’autres Marcheurs qui font une pause comme nous. Le type trouve le panorama moyen, « on a le même dans plein d’autres endroits en France ». Sans doute un gars qui n’est jamais content, qui n’apprécie pas le moment présent, ni les bonnes choses. On le voit sortir un saucisson sous plastique alors même qu’il pose ses fesses en Aveyron. C’est une honte, il mériterait trois coups de bâtons !

Pris par le rythme de la marche et la nécessité d’avancer, nous devons nous forcer finalement à regarder derrière car souvent le paysage est magnifique. C’est aussi ce que nous devrions faire plus souvent dans la vie : se poser, regarder ce qui a été accompli, apprécié et se donner un moment de gratitude.

Le plateau à 14h en plein cagnard en marchant un certain moment sur l’asphalte a eu raison de notre énergie. Pourtant il a fallu mobiliser une dernière cartouche pour la descente très pentue vers Conques. Sophie dévale ça comme un chamoix sans même s’arrêter. Méconnaissable je vous dis. Trop fier !

Conques est un village médiéval organisé autour de l’abbaye toujours en activité. Cela fait penser à Sarlat et au Mont-Saint-Michel. L’accueil à l’hôtellerie de l’abbaye se fait de façon très professionnelle par une armée de bénévoles, plutôt retraités, et forts sympathiques. Quelques boissons fraîches (on apprécie) sont à disposition le temps de finaliser les formalités et payer notre dû. L’hébergement est très grand puisqu’il est possible d’accueillir jusqu’à 90 pèlerins dont une grande majorité en dortoir. Sophie nous avait trouvé la dernière chambre individuelle avec deux lits simples et une douche mais toilettes sont à partager sur le palier.

Ces bénévoles sont d’anciens pèlerins qui ont décidé de donner une partie de leur temps libre pour les nouveaux marcheurs que nous sommes. Ils viennent entre une semaine et 15 jours par an et sont à la disposition des frères de l’abbaye. Les mauvaises langues du village (le salon de thé) dit que c’est tout bénéfice pour l’abbaye d’avoir du personnel gratuit et qui paye son gîte et son couvert en plus. Et avec 2,25% d’impôts, le business n’est pas mauvais à Conques. Les pires capitalistes n’ont même jamais rêvé d’un tel système où les employés paient pour bosser.

Un peu d’histoire pour commencer. Foy, jeune martyre d’Agen fut decapitée à Agen en 303 à une période où la religion chrétienne était interdite par l’Empereur romain Docletien. Des moines de Conques ont volé ces reliques et les ont transférées dans l’abbaye nouvellement construite en 866. Au-delà de l’aspect religieux du site, la localisation de l’abbaye au 9e siècle s’est fait en raison des conditions géographiques idéales : un ensoleillement permanent tout au long de la journée, de l’eau à profusion dans la vallée et donc une terre propice aux cultures vivrières et à la vigne.

Pour notre deuxième séjour dans un site religieux depuis le départ, nous vivons une nouvelle fois l’expérience à plein : dîner en réfectoire (attention le menu : taboulé, brandade de morue, fromage et Danette, ça cale), complies à 20h30 avec les frères, présentation détaillée du magnifique tympan de l’abbatiale, concert d’orgues (dont le Pénitencier de Johnny incroyable et le thème 1492 de Vangelis) puis illuminations du tympan. Cela fait un coucher très tard mais Conques est une étape spéciale sur le Chemin. Vivons l’instant présent et dégustons-le.

6 commentaires sur « Golinhac-Conques 22km »

  1. “C’est aussi ce que nous devrions faire plus souvent dans la vie : se poser, regarder ce qui a été accompli, apprécié et se donner un moment de gratitude”

    Tellement vrai !!!

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  2. Toujours très inspirant de suivre vos récits et vos aventures !
    De notre côté pèlerinage d’un autre type ce week-end qui me fait bien penser à vous:
    Le plus grand gala de France se tenait hier soir à Cluny (5000 invités), entièrement organisé par les élèves des Arts et Métiers. Pas évident pour eux après 2 ans d’absence n’ayant pas permis la transmission habituelle entre promos.
    Ce fut néanmoins une belle réussite. Nos filles ont adoré et sont restées jusqu’à 6h. Ouf, je suis rassuré.
    Et en partant vendredi soir de Paris, on a pris 2 auto-stoppeurs étudiants dont l’un a fait le chemin depuis Arles jusqu’à Saint-Jacques en 2 mois, tout seul. Respect.
    Il nous a appris que s’il y a 200 départs par jour depuis le Puy (en moyenne ou au maximum ?), il y en a 5 depuis Arles…
    Au plaisir de se revoir pour partager tout cela!

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    1. Cool pour le gala. Nous avons vu les photos sur Insta.
      Pour Arles, il y a effectivement le Chemin du sud. Il y a aussi celui de Stevenson qui part du Puy jusqu’à Arles qui nous tente bien. A+

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