Conques-Decazeville 24km

Après le reste de la nuit qui a bien rafraîchi l’atmosphère, la vue du village de Conques avec le brouillard dans la vallée est juste magnifique. Comme pour le repas, le petit déjeuner est d’une qualité de colonie de vacances, mais c’est loin des standards de consommation d’énergie des marcheurs. Pourtant la descente de Conques et la remontée sur le plateau sont très costauds.

Cette journée commence sous le signe de la tension, la nuit fut agitée et pas des plus reposante. Le podomètre refuse de se lancer (il doit aussi en avoir marre). Sans doute aussi que nous commençons à accumuler de la fatigue après 12 jours de marche sans arrêt. Et puis c’est une journée spéciale pour notre fils Henri qui fait sa confirmation et sa communion (et nous ne serons pas à ses côtés 🥺). Enfin nous longeons un chemin de croix juste à la sortie de Noailhac avec ses quatorze stations.

Je craque. Une émotion monte et je ne peux contenir mes sanglots. Une fois, deux fois. Sophie se joint à moi et nous voilà tous les deux à pleurer à chaudes larmes avec des fourmillements jusqu’au bout des orteils. Finalement au bout de 12 jours, nous nous abandonnons, nous lâchons prise, nous nous pelons. Le Chemin a cette force qu’il nous fait nous adapter à lui alors que nous passons notre vie à la contraindre.

Un couple nous croise et n’ose pas nous dire bonjour. Ils passent leur chemin. Nous reprenons le nôtre. La chaleur est harassante. Une halte au joli nom de Fonteines (et non pas fontaine) s’offre à nous et à tous les marcheurs du jour. Un papy a organisé un petit jardin avec des tables et des toits pour s’abriter du soleil. Il propose une fontaine d’eau et du café en mode Donativo : chacun se sert et met ce qu’il veut dans une boîte. Cela fait 10 ans qu’il a installé cet havre de paix. Il est passé au journal télévisé local et a eu le droit à un article de presse. C’est un point incontournable entre Conques et Decazeville.

À partir de ce point, il nous reste une dizaine de kilomètres qui se transforme en calvaire. Il fait plus de 30°, les talons de Sophie la font souffrir et j’ai une douleur dans le dos. La descente dans la vallée de Decazeville n’en finit pas et à peine en bas il nous faut remonter la même chose pour atteindre le gîte de l’Estaca. Nous arrivons à 16h complètement exténués.

L’accueil de Pascale n’est pas des plus chaleureux mais le gîte est tout neuf et est très confortable. Après le thé salvateur et la lessive quotidienne, nous passons un moment dans la piscine fraîche et très décontractante. Les buses qui pulsent l’eau dans la piscine nous servent de jets hydromassants. Ce n’est pas une thalasso thérapie mais ça le fait bien. Pour le coup, maintenant, nous apprécions d’être allongés sur le transat sous le soleil.

La vue de la terrasse de la maison est superbe. Nous dominons toute la vallée du Lot avec le village de Livinhac en fond. Philippe, notre hôte, est un grand trailer : déjà 2 Diagonales des Fous (Île de la Réunion) et 2 Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) qu’il trouve bien plus difficile. Le trajet que nous avons fait ce jour depuis Conques, il le fait aller et retour en courant en 6 heures soit 46km. Ça galope !

Retraités depuis quatre ans et en provenance de l’Oise, ils se sont installés en Aveyron car il y a suffisamment de dénivelés pour le trail ; aussi parce que le climat est assez propice : il semble que cela soit toujours vert lié à la forte humidité qui provient du sol alors que nous imaginions les prés et la végétation brûlés par le soleil l’été. Le seul souci du coin réside dans son isolement géographique car les dessertes TGV et aériennes sont assez éloignées.

Un orage rafraîchissant éclate et illumine le ciel avec ses éclairs. De gros grêlons explosent sur la terrasse. Cela annonce une journée de dimanche plus fraîche. C’est cool. La nuit nous requinque et seules les douleurs aux talons de Sophie ne disparaissent pas.

5 commentaires sur « Conques-Decazeville 24km »

  1. Nous sommes de tout cœur avec vous et nos pensées vous accompagnent tout au long de ce Chemin dont nous guettons quotidiennement le récit. Il semble que les orages vous aient épargnés (mais pas la tempête intérieure des émotions et au delà de la fatigue accumulée, la contrariété de ne pas être avec Henri ?). Nous vous retrouverons avec grand plaisir dimanche prochain pour partager cette nouvelle expérience !

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