Jour 4 : les morses sont là

Ce qui est bien en croisière c’est que les longues liaisons se font pendant la nuit. A 8h, nous sommes au mouillage dans le fjord du jour sans nous être rendus compte de rien. L’objectif du matin est l’observation à terre d’une colonie de morses. Mais comme nous sommes le groupe vert, le programme prévoit que nous serons les derniers à partir : donc petit-déjeuner tranquille avant de nous équiper et quitter le Boréal à 10h30 alors que les premiers sont partis à 8h. Et toc ! Bon, l’ordre des groupes tournent, donc nous aurons aussi un départ matinal dans quelques jours. Nico et Evelyne ont vu une baleine en début de nuit et ont prévenu la réception mais ils n’ont pas gagné la bouteille de champagne offerte car elle était déjà loin au moment de l’alerte.

Comme nous allons à terre, nous devons passer nos bottes dans un bain détergeant (écologique) pour ne pas risquer de contaminer le site. Et nous devons passer par la même pédiluve au retour. Les naturalistes nous donnent les instructions : silence à l’approche des morses et observation à minimum 200m. Quel privilège de fouler une terre au-delà du 80e parallèle !

Finalement le spectacle est plus aquatique que terrestre. Comme hier soir, le groupe de sentinelles morses fait des ronds dans l’eau pour nous surveiller et vérifier notre niveau de dangerosité. Mais là nous sommes tout prêt : ils s’approchent de la plage de galets ce qui nous permet de les observer au moment où ils reprennent leur souffle. Notre guide nous informe ensuite que cela pouvait même être dangereux et qu’il aurait fallu reculer s’ils avaient décidé de s’approcher plus ou d’attaquer pour nous éloigner. Côté des humains, le niveau de sécurité est maximum : tout le site est protégé au loin par nos propres sentinelles armées de fusil contre une arrivée éventuelle d’ours. Ça ne rigole pas du tout !

Nous poursuivons la navigation en nous arrêtant en chemin observer un ours qui fait sa sieste, allongé sur le ventre comme une peau devant la cheminée. Il ne bouge pas d’un millimètre. L’après-midi est consacrée à l’observation des oiseaux sur une falaise uniquement accessible en zodiac. Ce coin du Svalbard est très peu fréquenté par les autres navires puisqu’il nécessite l’obtention d’un certificat de navigation dans les glaces, que notre commandant Richard vient d’obtenir. Nous sommes donc privilégiés. L’eau est d’un bleu pastel magnifique car en partie alimentée par de l’eau douce qui coule du glacier au-dessus.

J’écrivais précédemment que le Svalbard, vieux de plusieurs centaines de millions d’années, était composé de sédiments. En effet, il était positionné au niveau de l’Equateur au moment de la Pangée avant de migrer vers le nord. Sur sa route, il a rencontré des volcans et a dû faire face à des éruptions qui ont provoqué des poussées de roches. Ce sont ces falaises de Dolerite que nous avons parcouru après une traversée un peu secouée et mouillée. Elles hébergent environ 70000 couples de Guillemot de Brünnich (pas facile de compter) qui viennent nicher pour pondre leurs oeufs. Les oiseaux sont positionnés sur de toutes petites encoches de roche et font face à la paroi ce qui permet à leur dos et tête noirs de stocker un maximum de chaleur. La nature est bien faite.

Une fois que le petit est né, la femelle quitte la falaise pour partir pêcher en haute mer pendant parfois 4 semaines. Pendant ce temps, le mâle s’occupe du petit en le poussant dans le vide jusqu’à ce qu’il se mette à voler correctement. Mais si la mère ne revient pas assez vite, le papa sécrète une sorte d’huile qui permet de nourrir le petit. La nature est vraiment bien faite !

La soirée se déroule selon un programme bien précis : on s’habille en chic (pas tout le monde à bord mais beaucoup font des efforts), rendez-vous au bar pour une coupe de champagne, ou deux, accompagnée de caviar pour cette fois. Dîner. Et spectacle. Je m’arrête à la réception et la jeune hôtesse reconnait mon pin’s Rotary au vers de ma veste: elle s’appelle Amandine et a fait le YEP (Programme d’Echange de la Jeunesse) au Chili. Le monde est petit !

Nous rentrons congelés (on est en Arctique quand même).

Ce soir nous avons quitté l’île du Svalbard pour prendre la direction nord vers la banquise entre le 81e et le 82e parallèle. Le plan arctique est tout le temps chamboulé par l’apparition d’une baleine, d’un rorqual qui sont repérés par un vol d’oiseaux au-dessus du banc de poissons chassés par les mammifères marins. L’excitation est à son comble. Il faut ré-enfiler les vestes polaires et les bonnets sur les costumes et tailleurs pour faire l’observation suivant les annonces de la passerelle. C’est très amusant. Nous rentrons de temps en temps dans le Grand Salon pour siroter notre digestif avant de ressortir sous le soleil mais dans le vent polaire. La luminosité est incroyable : la photo de couverture de ce billet a été prise à 23h30 !

Nous regagnons notre cabine. Sophie n’est pas très en forme : elle a pris froid le premier jour lors de la sortie dans les glaciers. Ce soir c’est Efferalgan pour pour faire tomber la fièvre et miel pour calmer le feu de la gorge. On aurait pu sortir une mignonnette de Whisky du minibar mais on n’y a pas pensé.

2 commentaires sur « Jour 4 : les morses sont là »

  1. Merci pour ce partage. Ambiance très différente des soirées au couvent sur le chemin de St Jacques… 😁 Bonne navigation. Nous sommes impatients de lire les récits suivants.

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