Le Puy-Monastier 19km

Le gîte au Puy qui nous avons choisi est le même que l’année passée, la Maison au Loup. Mais comme nous sommes des clients fidèles, nous avons été surclassés dans la suite royale. Eh oui, c’est ça le service palace !

Ça c’est palace

Mouais, en pratique, la suite n’a de nom que par rapport à sa taille. Elle est située en-dessous du niveau de la rue, endroit qui servait au moyen-âge à stocker les denrées. Ça y est : vous y êtes. Nous sommes bien dans un endroit frais et aéré. Sommes-nous des jambons ? Il doit faire 12 dans la chambre ! Heureusement que la douche est bien chaude. Au petit matin, à 6h30 lorsque l’on va à la bénédiction du pèlerin, on est presque congelé. « Ci-gissent Sophie et Emmanuel, marcheurs et pèlerins heureux » 🙃. Il suffit que je pense à Mike Horn (je n’avais rien de plus proche comme image) pour me dire qu’il fait bon finalement.

C’était notre 3e bénédiction du pèlerin en 3 ans à la Basilique Ste Marie du Puy-en-Velay. Alors on est un peu plus rodé, un peu plus dans l’attente mais moins dans la découverte. On prend le temps d’observer les tenues des uns et des autres : les novices ont des blousons et des chaussures qui sentent encore le neuf, d’autres prennent 12 photos de l’autel et de la Vierge noire. Les plus habitués sont déjà dans l’attente des mots du prêtre. Et les plus impatients attendent en fil le moment de l’eucharistie.

Sophie n’avait pas trop envie d’y aller mais moi j’y tenais. Je voulais écrire deux attentions : l’une pour elle et l’autre pour Deepa, l’épouse de mon partenaire américain, à qui l’on vient de diagnostiquer un cancer du sein.

Ventre de la cathédrale
Toujours aussi impressionnant ce rite de passage
Départ du Puy. C’est seyant hein ?

Ce matin, dès la sortie du gîte, c’est poncho obligatoire vue la pluie du jour. Le poncho… Comment vous dire ? Sans doute la meilleure invention du pèlerin, mais la pire en terme d’élégance et de praticité. Et comme c’est une énorme cap étanche, à l’extérieur il fait 9° (ressenti 4 dixit Météo France) et à l’intérieur, il fait 43 sous une humidité de 90 %. C’est un bonheur.

Après 400m de dénivelé positif, il est 13h, et enfin, nous quittons définitivement, la civilisation. Plus de maison, plus de bruit de voiture. Nous sommes en pleine nature dans le parc naturel de l’Ardèche. Le seul bruit est celui des chaussures qui schwik schwik dans la bouillasse.

Et tout d’un coup, au milieu de rien, en traversant un chemin de terre, nous devons céder le passage à un énorme 25 tonnes qui ne s’arrête pas devant les marcheurs. Il bosse, lui, Môsieur (il y a une carrière juste derrière nous).

Le déj est léger, assis dans l’herbe humide à l’abri du vent. Un chien plutôt sympa nous suit depuis 2km, s’arrête, nous attend, repart, nous attend. A la pause il continue son chemin. Nous dégustons notre viande séchée de Kudu (antilope on pense) rapportée de Namibie. C’est très bon avec une tranche de pain complet.

Viande d’antilope au dej

Ce rechargement d’énergie était nécessaire vu l’ascension qu’il a fallu se faire ensuite. 100m de dénivelé, ça ne fait pas grand chose comme ça, mais vu l’espace entre les lignes de niveau de la carte IGN, c’est pentu. Par temps sec, elle est déjà raide. Mais dans un ru dégoulinant de boue, avec ses cailloux glissants et instables, cela a été sport. Sophie a franchi sa première grosse difficulté non sans mal…

Courbe de niveau IGN

Une petite halte sur un banc et les derniers M&Ms pour se remonter le moral avant d’affronter une nouvelle difficulté. Le Chemin est fermé par deux cordes derrière lesquelles paissent gentiment des vaches. Même pas peur, on passe dessous et passons gentiment devant les bovins qui daignent à peine relever le museau pour nous regarder. Nouvelle corde que nous franchissons pour continuer notre parcours. Mais au loin, on voit un troupeau escorté par un chien. Vu la morsure à la jambe de mon frère lors d’un passage en moto au milieu d’un troupeau, on se dit qu’il est plus prudent de faire demi-tour, repasser dans le pré des vaches (c’est toujours nous les filles !) et rejoindre Monastier, l’étape du jour, par la route bitumée. C’est moins bucolique mais plus prudent pour nos mollets.

Ça passe. Ça passe pas

Le gîte Molestine (alors, c’est qui Molestine, allez, cherchez un peu…on est sur le chemin de Stevenson…oui, bravo, c’est le nom de son ânesse. Et c’est un militaire qui gagne une tringle à rideaux) est un lieu rustique. Il y a deux chambres : une avec trois couchages et la nôtre avec deux lits simples, et une salle d’eau à partager avec les WC à l’intérieur. De toute façon il n’y avait rien d’autre. Alors on ne va pas faire la fine-bouche. On a un lit, une douche chaude, le repas servi à l’heure des Ephad (18h30). En fait le couple est hollandais : tout s’explique. Heureusement que la vue est juste magique !

Monastier, objectif du jour

Mais pourquoi Stevenson est-il parti en chemin à partir de ce village ? Et bien Monastier est réputé pour son climat de moyenne montagne avec des variations rapides de temps, il est plutôt venté, sec et ensoleillé (plus de 2 000 heures par an). C’est un climat idéal pour les malades des poumons ; un préventorium pour femmes et jeunes filles a fermé en 1962. Et oui, le sieur écrivain a toujours eu une santé fragile.

« Le voyage est cette surface qui est offerte à la pensée pour divaguer en toute liberté »

Sylvain Tesson

4 commentaires sur « Le Puy-Monastier 19km »

  1. Bravo pour cette étape de reprise ! Bon, sous la pluie et dans la gadoue, espérons que le temps s’améliore au fil de votre progression ! Je suis quasi certaine que vous allez me donner envie de faire ce même chemin prochainement 😇

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  2. Et vous qui ne vouliez pas attaquer les Pyrénées ! Belle grimpette aujourd’hui !
    Bon la suite des aventures…
    Je pense que mis bout à bout depuis 3 ans, ça fait un livre !
    Courage !

    Aimé par 2 personnes

    1. Sans doute que l’on pourrait écrire un recueil. Ou un roman autour de meurtres inexpliqués sur le long des chemins. Et un inspecteur randonneur de son état se mettrait en disponibilité pour sillonner le Chemin et remonter le fil du tueur.
      Ou un truc du genre.

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