Cheylard l’Evêque – La Bastide Puylaurent 23km

La nuit au refuge du Moure est très calme et reposante. Malgré le lit une place chacun, nous avons relativement bien dormi et avons récupéré. Le petit déjeuner est du même niveau que le dîner : nous avons des céréales, des gâteaux type quatre-quarts et autre flan pour tenir toute la journée. Comme quoi c’est possible ! Et de l’énergie, on va en avoir besoin vu la difficulté de l’étape et le temps pluvieux qui est prévu jusqu’à 17 heures.

Nous retrouvons à table notre couple d’Américains. Je félicite Marsha et son mari pour son ouverture d’esprit à venir visiter la France profonde. Quelques américains le font (comme le frère et sa sœur qui nous avaient accompagnés l’année dernière). Ils ont déjà fait une partie du camino Frances en Espagne en 2018. Ce sont donc des aventuriers. Tim est professeur de stratégie et d’entrepreneuriat à Boston (nous ne saurons pas si c’est à Harvard). Au petit déjeuner, il s’intéresse au business model de WeYield, me pose des questions sur ce que je fais, comment je le fais, à qui je m’adresse. On sent le type curieux, en mode chercheur.

Nous remercions nos jeunes hôtes pour la qualité de la prestation. Pour un refuge, c’est bien au-dessus des attentes que nous avions. Il me dit qu’il a son business depuis une dizaine d’années, qu’il a hérité de ses parents. Il connaît donc parfaitement les opérations d’un tel site. Il s’est entouré de personnel pour faire tourner tout ça.

Après une nuit complète de pluie, nous nous armons de courage pour sortir du refuge. Nous sommes les derniers. Seule la jeune avocate qui s’est fait une tendinite à la hanche reste en attendant la Malle Postale. En sortant du village, nous doublons Barbouille et son maître Christophe. Il essaye une nouvelle méthode : l’âne n’aime pas être seul : il le laisse donc vagabonder pendant qu’il continue d’avancer en espérant que le baudet, se sentant seul, le rejoindra. Malheureusement, la tendresse de l’herbe fraîche semble être plus forte que la solitude. Christophe retourne en arrière le chercher. Plus tard, nous croiserons Emmanuelle, la maîtresse et l’instigatrice de la virée en âne. Elle est partie loin devant car elle a été malade. Elle pense qu’elle a mangé quelque chose de travers ; Sophie et moi pensons que le stress accumulé cette semaine est peut-être la source de ses ennuis gastriques. Chose improbable il y a 5 jours : c’était une idée d’Emmanuelle de partir avec un âne pour lâcher prise et c’est Christophe qui a finalement le plus apprécié. Il prévoit de revenir seul au mois d’août pour terminer Stevenson avec Barbouille lui-même.

Tant dans la brume que sous la pluie, ces paysages de Lozère sont magnifiques. Nous passons une grande partie de la matinée dans les sous-bois de pins. Mais en une heure de marche, nous sommes trempés. En tout cas, les chaussures et les bas de pantalon puisque le poncho fait son office de protection tous-temps.

Après 12 km, la pause déjeuner se fait dans une anfractuosité (j’ai toujours cru que l’on disait infractuosité) du château de Luc. Idéalement placée, elle nous permet de retirer nos ponchos quelques instants et de se faire une pause méritée avec une boîte de foie de morue. C’est une première pour Sophie qui trouve ça très bon. Si si, essayez, c’est délicieux. Et puis c’est très énergétique et léger à porter.

Chateau de Luc

Quand on voit la hauteur des piquets neige dans le coin, on imagine ce qui tombe quand l’hiver est rude. D’ailleurs la semaine dernière, les sœurs du couvent de Notre-Dame-des-Neiges ont eu des flocons. Quand même, il a neigé fin mai !

Après cette pause, les choses sérieuses commencent dans l’après-midi. Il s’est arrêté de pleuvoir. En tout cas il n’a fait que bruiner. Sur le papier c’est 6 km avec 250 m de dénivelé positif qu’il faut gravir. Cela ne paraît pas grand chose comme ça mais le col d’Espervelouze à 1225m, il faut aller se le chercher, je vous le dis 😲. Vous verrez les dénivelés du jour avec leurs pics acérés plus bas pour vous faire une idée. Le point de vue là-haut est à couper le souffle même dans les nuages. Juste dommage que l’on marche sous 225 000 volts d’une ligne à haute tension qui grésille en permanence. Au sommet, la pause chocolat noir-amandes s’impose pour admirer et récupérer avant la descente du même acabit.

Ça ne rend pas mais ça grimpe sévère

Nous voyons plus bas une personne qui remonte la pente avec un long poncho gris qui lui arrive jusqu’au chevilles et une capuche. En nous rapprochant, nous découvrons une jeune sœur qui fait sa balade autour du couvent de Notre-Dame-des-Neiges. Elle s’appelle Marie-Baptiste et est venue de Bourgogne pour une semaine de retraite avant de faire ses vœux perpétuels samedi prochain. Elle a 33 ans et rayonne de joie et de bonheur. Nous restons 20mn dans la pente à échanger. Elle a noté de chercher le groupe d’Henri de Notre-Dame des Champs lors des prochaines JMJ de Lisbonne auxquelles ils vont tous les deux participer en août prochain. Au milieu de plusieurs millions de jeunes, autant chercher une aiguille dans une meule de foin. Mais s’il y a un regroupement de Français, c’est plus possible.

Sœur Marie-Baptiste

Le gîte-hôtel des Pins est tout à fait défraîchi. L’hôtesse nous accueille avec un grand sourire : vu son visage, on sent qu’elle ne doit pas souvent boire le thé vert qu’elle nous sert, si vous voyez ce que je veux dire. Un type est coincé dans une guérite installée dans le hall. Il ne lève pas ses yeux d’un écran invisible. Il ressemble plus à un vendeur de ticket de PMU qu’un hôtelier. Je lui demande mon numéro de chambre pour rejoindre Sophie : il me renvoie vers notre hôtesse alors même qu’il a les clefs de chambre sur son bureau. Étrange, étrange. Quand on pense que l’on va y passer deux nuits…

Après l’effort, le réconfort
3 contre 1 sur Belle de jour placée dans la 4e

Nous invitons à notre table une jeune femme azerbaïdjanaise qui se prénomme Sevinj (ça veut dire joie… elle nous le dit car nous ne parlons pas encore bien l’azebaidjanais, mais on s’y met avec Duolingo). Elle est étudiante en fiscalité à Lyon et adore randonner. Nous parlons des différents sentiers puis elle nous présente son pays plus en détail. Il faut dire qu’hormis le pétrole de Bakou et le conflit du Haut-Karabagh en ce moment, nos connaissances sont plutôt faibles. Sevinj veut se joindre à nous pour visite l’abbaye de Notre-Dame des Neiges demain matin

No comment 😩

4 commentaires sur « Cheylard l’Evêque – La Bastide Puylaurent 23km »

  1. Ah oui, bien en dents de scie votre chemin du jour ! Bravo pour y être arrivés sans trop d’encombres apparemment ! Ça va les ampoules ? Le dos ? Les tendons ? En espérant que la météo s’améliore un peu (ou alors, que vous ayez quelques flocons pour ajouter de la magie 😇😇). Vous reste à miser sur quelques chevaux, sait-on jamais !

    Aimé par 1 personne

    1. La journée d’hier a été un vrai challenge pour moi, heureusement que je ne portais pas mon sac, je ne sais pas comment j’y serai arrivée. Je suis arrivée en haut de la dernière montée épuisée 😩, j’avais du mal à retrouver mon souffle. Une petite pause m’a permis de repartir et la rencontre de la jeune religieuse m’a remontée en énergie 💪🏻

      Aimé par 1 personne

  2. Bravo pour cette première semaine accomplie ! Reposez vous bien aujourd’hui et j’espère que vous repartirez demain plein d’énergie pour la suite.
    Merci encore pour ce récit et ces belles photos qui nous font voyager nous aussi un peu à vos côtés 🙂

    Aimé par 2 personnes

Répondre à sophies70 Annuler la réponse.