Le Canabal – Durfort-Lacaperelle 23 km

La nuit fut reposante pour moi, moins pour Sophie, malgré la literie de l’âge des arrières grand-parents qui avaient construits la maison et des miettes de bois qui tombaient de la charpente qu’un modeste tô (toile tendue) essaye de protéger (nous avons cru à un effet de déco en rentrant : et bien non, cela a bien une utilité).

Avant le réveil, les détonations résonnent dans la vallée. Ce sont des tirs d’effarouchement contre les oiseaux pour ne pas qu’ils viennent picorer les cerises ou les tournesols récemment plantés (les experts se déchirent encore).

Réveil dans la brume

Sophie me dit « je prends quel t-shirt?” « Quel t-shirt ? Celui sur le sèche-serviette bien sûr ! » je lui réponds. Il n’y en a pas sur le sèche-serviette. Arrgh : je les ai laissés en boule sur le support de douche après les avoir lavés. Nom de nom 😤. On rallume vite fait le sèche-serviette en espérant qu’ils sèchent le plus possible entre le petit-déjeuner et le départ. Sinon on les mettra à sécher sur le sac dès que le soleil sortira de la brume. Heureusement que l’on a toujours un change de prêt au cas où. En 3 ans de marche, ça ne nous était jamais arrivé. On est vraiment arrivé trop tard hier !

Séchage portatif

Comme de bien entendu, nous attaquons le chemin par une bouillasse collante comme jamais. Y’a pas à dire, la Terre nous aime fort ici. Du coup pour éviter une descente aux lignes de dénivelé très serrées, nous contournons par la route, ce qui rend l’accès à Lauzerte moins sympa mais un peu plus confortable

Pour la mise en bouche du matin

Une halte pour quelques courses, nous permet d’appréhender la pause déjeuner avec sérénité. Mais la descente de Lauzerte pour rejoindre le GR est un véritable toboggan. Et la remontée en face n’est pas plus sèche : nous passons d’ailleurs, comme beaucoup de marcheurs, dans le champ de l’agriculteur, pour éviter la partie vraiment spongieuse.

Sont toujours énervés les agriculteurs ici
C’était pour l’apéro du midi

Nous rejoignons Bernard en pleine pause déjeuner (un des marcheurs dans le même gîte que nous)… qui est pourtant parti une heure avant nous. Il fait un bout de chemin avec nous car il n’a pas de carte IGN et souhaite éviter les prochaines glissades. Merci l’appli IGN.

Bernard et Bianc… Sophie

Il nous raconte son pourquoi à lui. Après 20 ans, comme DRH de France Telecom, à la grande période du PDG Lombard et les dizaines de suicides au sein de la firme, puis quelques années comme DRH d’un conseil départemental, il part en retraite et déclenche une leucémie. En totale rémission, il participe à un programme de l’institut contre le cancer des Bouches-du-Rhône pour devenir formateur et coach (véritable diplôme universitaire) des malades atteints d’un cancer. Les études ont montré qu’après traitement, la personne qui arrivait à construire un projet précis quel qu’il soit, arrivait à reprendre le contrôle de sa vie de façon plus efficace. Désormais, les malades commencent à monter des projets pendant leur traitement voire parfois au moment de l’annonce de la maladie. Les résultats sont, semble-t-il, impressionnants pour une guérison totale. Notre Bernard a décidé de mettre en œuvre cette accompagnement pour lui-même et a fait le chemin de Compostelle jusqu’au Cap Finistère.

Sophie aussi, après son traitement, s’est remise en ordre de marche, en préparant d’autres randonnées, fait au sport, participe aux évènements de la Ligue contre le Cancer locale et est devenue bénévole dans l’association Lire et Faire Lire, qui propose la découverte de la lecture aux tout petits de crèche. Quelle énergie malgré les douleurs engendrées par l’hormonothérapie.

« tu n’as pas laissé l’adversité mener ta vie et je te trouve impressionnante » Bronwen, marcheuse australienne à Sophie.

No comment
On a appris un truc sur Uranus quand même

La pause déjeuner, après tout ces kilomètres, nous amène au Snack à Dos, petite halte donativo (on donne ce qu’on veut), qui propose du café, des melons, un abri et des chaises pour faire une pause. C’est toujours bien sympa. On ne le voit presque exclusivement que sur le Chemin. La propriétaire vient nous voir et nous recommande quelques chemins déviant le GR mais beaucoup plus praticables. Ils nous mèneront à notre étape du jour, Durfort–Lacapelette. En attendant, comme le GR longe la route départementale un peu passante, le département a réalisé un sentier parallèle à la route avec des arbres qui feront de l’ombre mais dans 10 ans. Comme le début est un peu boueux, nous restons sur la départementale : une automobiliste du Tarn s’arrête et nous recommande de prendre le chemin parallèle. Elle pensait que nous ne l’avions pas vu : nous évitions simplement le début trop boueux. Mais merci madame, c’était très gentil de s’arrêter.

Donativo « Snack à Dos »
Ils s’occupent bien de leurs marcheurs ici

La région offre toutes sortes de plantations de fruits : cerises, pêches, abricots, prunes, noisettes et noix. Un petit bout de paradis ? Nos vélocipedistes suisses continuent de nous envoyer des photos de fleurs que l’on n’a jamais vu. C’est à se demander s’ils font le même chemin que nous. Je pense que c’est un gros fake, et qu’en fait ils sont dans une autre région 😝.

Prunes du Tarn

La fin du chemin est un vrai calvaire pour Sophie. Le patelin se trouve au sommet d’une côte assez difficile, en partie bouillasseuse. Quel courage elle a ma Sophie ! Je suis impressionné par son mental. Et puis arrivés au village de Durfort-Lacapelette, on n’est pas vraiment arrivés. Je tape la causette avec avec un papy de 88 ans qui est sur sa tondeuse façon mini-tracteur qui s’arrête et nous dit « ah le gîte St Martin, c’est à 3km mais c’est tout plat, ça se fait bien ». Sophie, qui ne s’était pas arrêtée, me crie « je l’ai entendu » d’un air dépité.

On aura perdu 4km avec tous ces détours (étape de 24km au lieu de 20 initialement prévus) mais on aura évité pas mal de boue. Alors… Pierre nous accueille dans son gîte. En fait, il a construit un gîte d’une douzaine de couchages dans un bâtiment principal, une sorte de grande cabane façon bungalow avec jacuzzi (notre lieu de villégiature pour la nuit). Il a même un sèche-serviette et une brosse-jet d’eau pour nettoyer les chaussures qui en ont besoin.

Le dîner est une sorte de rougaille-saucisse à la mode toulousaine : c’est roboratif et nous va bien pour compenser l’énergie abandonnée sur le Chemin. Je suis le seul homme à table et je finis le repas à installer l’appli IGN et former ces dames à son utilisation. 21h45 on est au lit et 22h30 on dort.

6 commentaires sur « Le Canabal – Durfort-Lacaperelle 23 km »

  1. Bravo à vous pour tous ces km, les détours et les 3-4 km de la fin comme on ne les aime pas ! Ça a l’air très très boueux en effet, plus que ce que nous avons eu il y a 10 jours sur la Voie du Célé. Je retrouve en vous lisant l’esprit du chemin, que je n’ai pas trouvé sur le Célé.. Comme quoi, rien de tel que le vrai chemin 🙂 bonne nuit ressourçante 🌟

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  2. bravo les amis, chaque année je vous suis et chaque année j’attends vos aventures avec impatience.

    Manu au bout de ton chemin, dans 5 où 6 ans, mets tout ça dans un livre. C’est top.

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