Moissac – Auvillar 19km

Ah, quelle nuit bien reposante sur une literie magnifique qui aide beaucoup pour la récupération ! Le tout assorti d’un petit déjeuner pour les marcheurs et d’une halte au marché pour faire le plein de provisions pour deux jours (le Tarn et Garonne est fermé le lundi !).

À table, nous retrouvons Sylvie. Hier soir, en faisant sa connaissance, nous l’avions trouvé ultra timide, très réservée, ayant du mal à choisir un horaire pour son petit déjeuner. En discutant, nous découvrons une femme ex-maraîchaire -actrice-éducatrice (on ne se souvient plus trop avec Sophie si c’était la sulfureuse « éducation ménagère pour les filles » ou « éducatrice à l’utilisation d’outils » bref, pas clair). Après ses débuts, en tant que formatrice, l’envie lui prend d’assouvir sa passion du théâtre. Elle prend des cours, intègre une troupe et joue lors du festival d’Avignon. Elle décide ensuite de devenir maraîchère. Elle s’installe dans le Tarn et développe une activité sur 2 ha qui lui permet de vendre sa production sur les marchés. Elle est ici à Moissac pour un festival des plantes rares car elle s’est associée à une jeune femme qui souhaite développer une exploitation de plantes nourricières. Elle partage donc une partie de son grand terrain et de ses connaissances pour se lancer dans cette activité. A près de 70 ans, à la question de Sophie « comment avez-vous fait vos choix tout au long de votre vie ? Pensez-vous qu’il s’agisse d’une question d’éducation ?» Sylvie répond « Ma mère m’a toujours dit que j’étais la mieux placée pour décider. Je me suis donc laissé conduire par mes envies». Sa mère, au milieu du siècle dernier, devait être sacrément avant-gardiste.

L’étape du jour nous fait longer le canal du Midi sur 20km. Nous suivons le Tarn sur son flanc droit et le canal des Deux-Mers sur son flanc gauche, en marchant sur le chemin de halage. Nous avions la possibilité de faire le chemin de Compostelle par les crêtes, mais les commentaires glanés par les uns et les autres nous ont fait choisir cette variante par le canal, car il semblerait que les terrains en hauteur soient très gadouilleux.

Canal entre-deux-mers

Historiquement depuis le Moyen Âge, le commerce se faisait par les fluviales naturelles, porté par le courant naturel d’un côté et tiré par les chevaux le long du chemin de halage dans l’autre sens. Il a servi d’axe commercial majeur pendant de nombreux siècles afin de transporter les denrées produites dans cette vallée très riche du Tarn et de la Garonne. Au 17e, un canal est creusé pour relier la Méditerranée à Toulouse. Puis, au milieu du 19e, un autre canal est construit de Toulouse à Bordeaux. Malheureusement, l’arrivée du chemin de fer n’a pas permis l’optimisation de ce moyen de transport bien trop lent. la voie ferrée longe d’ailleurs le canal.

Antoine Laumet de Lamotte-Cadillac a vécu ici, à St Nicolas de la Gavre et est parti vers d’autres horizons pour fonder la ville de Détroit dans le Michigan aux États-Unis. L’endroit a ceci de particulier est qu’il correspond à la confluence des deux fleuves, le Tarn et la Garonne pour ne devenir que la Garonne jusqu’à Bordeaux. Vous l’aurez compris, au travers de ces annotations historiques, cette partie matinale du chemin et monotone, puisque nous ne croisons que des cyclistes qui roulent à 20 km heures en daignant à peine cligner un œil pour nous dire bonjour. Sophie en profite pour faire sa leçon quotidienne de Duolingo en marchant, c’est pour dire !

Sophie en session Duolingo

À partir du 10e km, le canal se met au milieu de la vallée et nous éloigne de la route et de la voie de chemin de fer. Cela devient tout d’un coup plus calme et donc plus agréable. Nous décidons de faire la pause à Pommevic, qui a comme unique intérêt d’être à 12 km du départ et disposer d’un bar épicerie : parfait en terme de timing. C’est le repère de tous les marcheurs et autres vélocipédistes. on retrouve d’anciennes connaissances notamment l’américain Tom et son fils Mark avec qui nous échangeons. Notre casse-croûte est avalé dans ce village (dont deux œufs durs offerts par notre hôtesse de Moissac Béatrice qui m’apprend à cette occasion que les œufs sont toujours mis dans le même sens dans une boîte : le bout pointu vers le bas. Il a fallu que j’attende 55 ans pour apprendre cela). Nous buvons un café au bar et achetons un brownie, car nous essayons toujours de faire fonctionner le petit commerce local qui fait des efforts pour servir les marcheurs.

Nous tapons la causette avec la tenancière et un habitué. Ils nous parlent de nouveau de la météo et de l’eau. Mais nous récupérons de précieux conseils pour le chemin à venir : ils nous recommandent d’éviter absolument les parties dans la nature car des marcheurs se sont enfoncés jusqu’aux chevilles. Nous prenons ce bon conseil et éviterons de faire de même.

L’unique bar-épicerie de Pommevic

Notre village étape d’Auvillar est absolument ravissant. Il a été élu l’un des plus beaux villages de France, entièrement classé avec son architecture moyen-âgeuse. Très bien entretenu, il se situe au sommet d’une côte abrupte et offre un panorama incroyable sur toute la vallée de la Garonne. Ce dimanche de Saint Noé correspond à la fête au village. Les jeunes hommes et les jeunes filles sont habillés en tenues traditionnelles et marchent difficilement en procession avec des sabots en bois. Certains sont bien éméchés vu l’heure mais continue de chanter à travers les ruelles. Il porte le tourain, soupe traditionnelle qui est servi au terme de ce week-end de festivités. Tous les villageois se retrouvent autour de la place de l’ancien Château .

Vue de l’office du tourisme
Auvillar, place du village
Nathalie, notre guide et Mr le Maire

Nous revoyons nos américains ainsi que plein de marcheurs. Une habitante locale nous aborde pour nous expliquer cette tradition typique de son village. Nous passons une heure avec elle et avons même le droit à la photo avec le maire. Sur le chemin de notre restaurant, elle nous retrouve et continue de nous expliquer les caractéristiques de son village remarquable. Notamment la place triangulaire et ses halles rondes uniques dans la région du Sud-Ouest et les statuettes de pèlerins qui ornent les façades de certaines maisons qui se trouvent sur le Chemin. En parcourant le village en sa compagnie, nous croisons sa sœur qui nous raconte d’autres histoires de la ville : il se trouve qu’elle est la directrice de l’office du tourisme d’Auvillar. Incroyable comme rencontres quand même !

La soupe « tourain » est offerte, le sabot n’est pas fourni

Le gîte d’Irène face à l’église est plus que rustique avec deux lits simples et 15 couvertures sur chacun (il ne va pas faire plus de 15° cette nuit) et pour aller à la salle de bain, il faut passer par l’extérieur. Mais bon, notre hôtesse est très sympathique en mode artiste bohème. Nous terminons la journée finalement bien remplie par un délicieux dîner au Petit Relais qui nous avait été recommandé par Irène. On se régale !

Tête de lit 😇

« Your life will not magically exceed your standards. Improve your boundaries and life improves too. » James Clear

12 commentaires sur « Moissac – Auvillar 19km »

  1. Chers Amis,

    Vous voilà déjà partis depuis 1 semaine !

    Que de pluie, de boue mais heureusement aussi de découvertes et de belles rencontres ! Je vous trouve de plus en plus inspirés au fil des étapes et de leurs récits, Sophie toujours aussi valeureuse dans les épreuves, les montées et les descentes, qui justifieraient des hauts et des bas. Une fois de plus, vous nous faites partager une partie du Chemin et nous vous en sommes reconnaissants !

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  2. Encore de belles découvertes . Vous êtes radieux sur les photos. On vous sent heureux. Merci pour le partage. C’est sympa de pouvoir vous suivre . Bonne route

    Bisous

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  3. Bon courage à vous deux pour démarrer cette deuxième semaine ! C’est un grand plaisir de marcher à vos côtés sans avoir à mettre les pieds dans la boue 😉

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      1. bonjour les amis, merci de votre partage que nous guettons chaque jour. Bravo à tous les deux, surtout avec les conditions de chemin aussi boueux. Vos récits nous donnent des fourmis dans les jambes. Nous attaquerons le 11 juin notre 3eme étape du GR34 de Douarnenez à Lorient. Bon courage à vous et plein de belles rencontres. Au plaisir de vous lire. Bises.

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