Montréal – Éauze 18 km

Heureusement que notre hôte Roland était là pour animer le petit déjeuner car le trio de marcheurs attablé avec nous ne décroche pas un mot. Ambiance maussade ce matin, pas vraiment l’Esprit chemin. Seul Paul l’irlando-américain fait des efforts pour parler notre langue de Molière qu’il a appris en France. Il était prof assistant à Avignon à 20 ans et y a rencontré sa femme américaine, étudiante dans la même université.

L’unique tabac-presse-souvenirs-robes du village

Roland nous suggère d’aller visiter son deuxième immeuble qu’il a également rénové en chambres d’hôtes. Ce couple, qui tient le tabac presse, a beaucoup de goût et est très raffiné. Tout est aménagé avec délicatesse et harmonie. Finalement, ce village de Montréal qui nous a semblé moyen à l’arrivée nous est apparu sous un nouveau jour au moment du départ. Tout change avec des rencontres.

Église Sainte Marie

Nous retrouvons une marcheuse américaine que nous avions croisé sur le chemin. Elle en avait marre de la boue permanente et préférait marcher le long de la départementale. Elle nous inquiétait un peu car la route était très passante alors même que le chemin était redevenu plutôt praticable malgré quelques passages encore un peu humides. Janet a 72 ans et porte tous les goodies de Saint-Jacques, depuis la casquette jusqu’aux guêtres et jusqu’à la coquille autour du cou. Elle a eu deux cancers du sein « triple négatif » qui ont failli la tuer. Elle nous montre le tatouage de la coquille qu’elle s’est faite faire au-dessus de la poitrine à l’entrée du cathéter utilisé lors sa chimio. Pour montrer combien elle était bien vivante, elle a décidé de faire ce tronçon entre le Puy et Saint-Jean. C’est une revenante ! Sophie et moi sommes très émus par cette énergie de vie.

The Revenant(s)

« Qui n’a pas vu la route, à l’aube, entre ces deux rangées d’arbres, toutes vivantes, ne sait pas ce qu’est l’espérance » Bernanos

Vignes d’Armagnac à perte de vue

Au micro-bourg de Lamotte, genre 5 maisons et une chapelle, se trouve la pause d’étape le Mille Bornes tenu par Sabrina. Il y a un débat sérieux sur la position exacte des 1000 km restant jusqu’à Saint-Jacques : l’office du tourisme du Gers dit que c’est le pont médiéval d’hier et Sabrina soutient que c’est de chez elle qu’il reste 1000 km (prouvé, juré, craché) ! En tout cas jamais une halte jacquaire en mode donativo ne nous avait autant ravi : œufs durs, madeleines aux amandes, thé et café, le tout à l’abri et avec des toilettes propres à disposition. Sabrina est dans les parages pour préparer également des sandwiches. Je me retrouve le seul homme au milieu d’une dizaine de femmes de 30 à 60 ans, qui arpentent toutes le Chemin plein d’engagement, juste un tronçon ou jusqu’au bout du bout.

Des filles fortes en Chemin

Pause terminée, nous arpentons l’ancienne voie ferrée restaurée avec un rouleau de bitume qui permet aux cyclistes de faire une partie du trajet. C’est rectiligne et monotone, comme une voix de chemin de fer ! Nous marchons avec un trio de femmes du Nord, dont l’une a perdu son mari à l’âge de 55 ans et qui ont décidé de faire le chemin pour l’aider à refaire surface. Clin d’œil au programme d’échange : l’une d’elle a envoyé ses deux enfants au Canada et en Inde via le Rotary. Le monde est petit ! Tellement petit, que nous croisons un couple de coréens, partie du Puy pour rejoindre Saint-Jean-Pied-de-Port. Ils font l’effort de parler français tellement bien que nous pouvons communiquer ensemble. C’est nos premiers asiatiques rencontrés.

Nous avons décidé d’enquiller les 17 km de l’étape d’un coup pour pique-niquer en ville. Mais nous n’en voyons pas le bout de ces 8 km de voie verte. La place de la cathédrale d’Éauze est le repère de tous les marcheurs qui s’arrêtent pour prendre une bière ou un café avant d’aller à leur gîte.

Un couple de 75 ans vient s’asseoir à côté de nous en terrasse et entame directement la conversation au sujet du Chemin. En quinze minutes, nous apprenons que le papy n’a pas eu une vie sentimentale très droite mais a réalisé sur le Chemin que la faute lui en revenait sans doute. Lors de son étape à Conques, il a demandé un signe au Tout Puissant. De retour chez lui, il s’est retrouvé au dancing et a vu une femme qui semblait abattue. Il s’est dit « je dois aller vers elle, c’est le signe ». Ils ont dansé et se sont mariés il y a onze ans. Que de destins changés sur le Chemin !

En galère de boîte qui ne s’ouvre pas

Un cycliste d’une petite soixantaine d’années s’approche de nous. Il nous demande comment obtenir un tampon sur sa crédentiale puis il tape la causette. Devant un itinéraire avec des étapes trop longues, il a décidé de faire le Chemin en entier à vélo, trajet qu’il doit terminer avant le 1er juillet pour repartir travailler. Il a acheté un vélo premier prix à Décathlon mais s’est rendu compte trop tard qu’il s’agissait d’un fixie (vélo sans dérailleur pour les vitesses ni les plateaux) : c’est ballot. Il le sent bien son fixie dans les montées des vallons du Gers et stresse un peu pour le passage des Pyrénées !

Nous arrivons dans notre gîte d’étape, chez Nadine. On nous avait prévenus que c’était rustique : ce n’est pas tout de le dire. Il n’y a que des lits simples dans un sous-sol aménagé de maison, avec une décoration de Minnie et Mickey et des puzzles encadrés sur les murs. On a touché le fond ! Nadine fait ses puzzles pendant l’hiver, activité tout à fait louable mais pourquoi les encadrer et les accrocher en déco des chambres ? Je n’ai jamais compris cela.

On se retrouve à table à 8 pèlerins accompagnés de Nadine et son mari Francis : un couple sympa rencontré hier à Montréal et un groupe de musiciens dont Jean-Baptiste Musset ex-Poubelles Boys (ça dit quelque chose à Sophie mais moi pas), assez religieux.

Attention, attention, voilà le dîner : gaspacho avec une quiche au fromage puis moules succulentes pour l’entrée ; tournedos rossini frites délicieuses avec tomates à la provençale ; enfin tiramisu à l’Armagnac. Un festin que l’on a finit avec un Armagnac de 10 ans délicieux. Si l’hébergement était au niveau du repas, on lui mettrait 5* !

Bon, on finit par se coucher dans la chambre du Disneyland Hôtel (mais plutôt à la cave…) et quand on est au lit à lire peinard, et bien la lumière s’éteint toute seule au bout de 30 minutes. Allez, faut dormir maintenant les petits !

6 commentaires sur « Montréal – Éauze 18 km »

  1. Ah aha ahah… Je pleure de rire à vous lire et surtout avec les photos des puzzles au mur (j’ai même zoomé pour voir les details 😉

    C’est ça le Chemin : des rencontres insolites voire improbables (j’en parle comme si je connaissais mais c’est tout l’intérêt de vous suivre : j’ai l’impression d’en faire quelques centimètres chaque année en lisant vos posts).
    Bientôt le bout…

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