Nogaro – Aire s/l’Adour 28 km

Deux postes séparés car nous n’avons pas marché ensemble aujourd’hui. Voici nos deux résumés de l’étape du jour.

Sophie

Ce matin, les Valises de Saint Jacques nous portent, mon sac et moi jusqu’à Aire-sur -l’Adour car 28km, c’est trop pour moi. Et une journée de repos me fera le plus grand bien.

Dans le mini-bus, j’étais avec 2 australiennes que le transporteur dépose tous les jours à quelques kilomètres de leur étape (entre 8 et 10 km) et une femme des Yvelines qui vient d’arrêter de marcher après 3 jours parce qu’elle a mal aux talons… Quand je lui ai dit que moi aussi et qu’en plus j’avais aussi mal aux articulations, elle m’a dit que j’étais vraiment forte. Je crois plutôt qu’elle n’a pas beaucoup de volonté (je vous ai dit que la tête a un rôle prépondérant dans la marche. J’en sais quelque chose).

C’est marrant d’être seule parce que ces messieurs dans leur voiture s’arrêtent à mon niveau pour me renseigner, sans que je n’ai rien demandé.

L’Adour
Halle aux grains
Marché couvert

Mon transporteur m’a donc déposée devant l’office du tourisme. Munie de mon plan, je visité tout ce qu’il y a à visiter : autrement dit pas grand chose hormis 2 églises dont une classée au patrimoine mondial de l’Unesco en 1998 au titre des chemins de St Jacques de Compostelle en France (l’église Sainte-Quitterie).

Église Sainte Quitterie

Après 2h de marche, je me pose au Comptoir de l’Adour (recommandé par mon transporteur) et je vais boire un coup, manger un morceau et lire en attendant mon cher et tendre.

Emmanuel

Le grand sourire de Marie Blanche éclaire ce petit déjeuner qui dispose de tous les mets pour attaquer une belle et longue randonnée. Je laisse Sophie qui va reposer ses articulations et ses pieds par un trajet en navette et je pars pour attaquer les 28 km.

Au terme d’une belle et longue descente, je retrouve Janet qui fait face à un passage difficile car encore glissant, dans une boue qui commence juste à sécher mais qui est encore assez molle. Je l’aide à franchir ce passage un peu technique. J’en profite pour la remercier d’être venu de Palm Springs, environnement tellement aseptisé et climatisé, affronter les gîtes de campagne et la vie au plus profond de la France : partager sa chambre et les sanitaires doivent être assez éloignés de son quotidien d’américaine privilégiée, d’ailleurs elle nous a dit que son mari ne voulait absolument pas vivre ce genre d’expérience. Et en même temps c’est la vie de milliards d’habitants. Elle me remercie en retour de soutenir Sophie sur ces deux longs chemins : celui qui fait face aux pentes et l’autre à la maladie.

Je rejoins Lucile et son chien Tao qui gère une petite contrariété : elle n’a pas fait livrer les croquettes de son chien à l’endroit qui semblait être le plus opportun. Du coup ça va lui faire un détour. Je fais un bout de chemin avec Benjamin, le marcheur allemand qui refait le Chemin. Il alterne camping sauvage et gîte d’étape pour pouvoir prendre une douche et dormir dans un lit. Mais quand le temps est beau, il préfère clairement dormir dehors. Sauf ce matin où il s’est fait réveiller par le souffle d’un cerf. Le petit groupe a été bien surpris.

Pour la première fois on me demande quelle est cette étoile que je porte à l’arrière du sac. Je fais la description de l’engrenage du Rotary et j’explique la vocation de notre club service.

Tous les marcheurs prennent la pause à une halte donativo idéalement située à 8 km du départ. Il y a du café, du thé, un frigo avec des boissons fraîches, des parts de quatre-quarts : tout est fait avec moult attentions et l’envie d’offrir un peu de repos au marcheurs dans le cadre d’une ferme à colombage vraiment charmante.

Café avalé, je reprends le chemin seul entre les jeunes pousses de maïs et les nouvelles grappes de raisin qui commencent à germer. Malgré les problèmes d’eau récurrents dans le sud, je ne comprends toujours pas comment qu’on peut encore exploiter du maïs, plante tropicale, alors que le sorgho est bien plus adapté au manque d’eau. Et en plus, il est plus protéiné.

Je n’ai comme compagnon que le bruit des avions qui tournent autour de la base aérienne de Mont-de-Marsan.

Comme je le pressentais, la vallée de l’Adour est particulièrement plate et monotone: pas mal de bitume sur les 10 derniers kilomètres. Le chemin bifurque à droite le long d’une voie ferrée désaffectée et là, ô bonheur, une magnifique halte jacquaire avec chaises, parasol, café, petits gâteaux. Il y a même une rallonge électrique pour brancher une bouilloire et faire du thé. je n’avais jamais vu ça avant. Je suis rejoint par les sarthois très sympas qui sont accompagnés par Nathalie, la cambraisienne. J’écourte ma pause déjeuner car j’en ai marre d’écouter ses remarques sur les donativo (« Il y en a moins qu’avant », « si ça continue, ça va se perdre », « je ne quitterai Cambrai pour rien au monde ») alors même que nous avons au moins une ou deux pauses jacquaire à par jour sur le chemin et que tout le monde laisse sa pièce pour entretenir l’esprit.

Donativo avec bouilloire 😀

Je termine par une longue ligne droite de 8km qui m’amène à Aire-sur-l’Adour où Sophie m’attend à la brasserie dans laquelle elle a déjeuné. Nos trois compères musicaux sont déjà attablés : c’est donc aujourd’hui qu’ils ont survolé le Chemin.

Magnifique soirée en terrasse avec notre couple hôte Belge, Nanou et Étienne, installé ici depuis presque 2 ans. Enfin des légumes verts pour le repas : nous en rêvions ! Le tout accompagnant un pain de viande typique du plat pays. Et pour finir, des glaces maison. Nous passons un long moment à discuter à quatre, les autres pèlerins étant partis se coucher.

La fine équipe du soir

« dans une société où les tributs ne se mélangent pas, Il Camino offre un surprenant lieu de mixité sociale, un espace étroit où s’élargit l’horizon, où se réussit un miracle de fraternité. Nombre de pèlerins ne savent pas pourquoi ils partent, ni ce qu’ils cherchent ; certains disent (et le font) qu’ils ne reviendront jamais. » mots dans l’église de Montréal

3 commentaires sur « Nogaro – Aire s/l’Adour 28 km »

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