Aujourd’hui nous parcourons la côte ouest de l’île quasiment du Nord au sud. Il n’y a pas beaucoup plus de distance qu’hier pour venir de Sainte-Anne soit une grosse cinquantaine de kilomètres. Mais les routes sont très sinueuses et la vitesse n’est pas très rapide. Il nous faut 1h30 pour atteindre le sud.
Nous commençons par la distillerie Bologne, la seule de Guadeloupe pouvant se targuer d’avoir le blason d’entreprise du patrimoine vivant (EPV pour les spécialistes). Bologne a été créé par un migrant hollandais qui s’est fait expulser de ses champs de canne à sucre du Brésil par les Portugais. Il a trouvé refuge en Guadeloupe et a implanté la même culture de la canne tout en francisant son nom. Un des illustres personnages de la famille fut le jeune métis Joseph Bologne, chevalier de Saint-George, grand compositeur et escrimeur de talent pendant le siècle des lumières à Paris (un biopic americain lui est consacré).
Quand la betterave sucrière s’est développée en France, il a fallu « pivoter » le business modèle : c’est là que le rhum agricole a commencé en 1887. Il est issu d’une distillation après pressage et fermentation du jus de canne. La production du rhum agricole est modeste et ne représente que 3% de la consommation mondiale dominée par les rhums Caribéens à base de mélasse. Le processus de distillation est le même sauf que c’est la mélasse qui est distillée pour les rhums dits traditionnels. Ils sont donc plus sucrés et moins fins dans l’étendue des notes aromatiques. Le prix n’est pas le même non plus ! À noter que 60% des 10 millions de bouteilles produites en Guadeloupe sont consommées sur place : avec un marché de 300 000 personnes potentielles sur une population de 400 000), cela fait presque 15 bouteilles par personne et par an. C’est un sujet sérieux le Ty’Punch ou le Planteur ici !




Deuxième découverte : le fort Delgrès à Basse Terre. Au-delà du fait que le site est immense, très bien entretenu et libre d’accès, nous avons appris une page de l’histoire guadeloupéenne. Cet officier métis a défendu contre l’état français le retour à l’esclavagisme en 1802. Cela lui a valu de mener des combats héroïques contre les troupes nationales qu’il finira par perdre. Il est devenu un symbole de liberté et dispose désormais d’une grande statue au milieu d’un mémorial.




En rentrant, nous faisons un stop dans le petit village de Bouillante, réputé pour son usine géothermique qui produit 110 giga watts d’électricité par an grâce à la vapeur d’eau, extraite des eaux chaudes à 200 degrés puisées à plus de 1000 m de profondeur. Ce site représente 1% de la production mondiale de la géothermie et première en France. Comme les eaux chaudes (bien refroidies mais sortant à 80 degrés quand même) sont expulsées vers la mer, les locaux barbotent allègrement face au courant chaud qui vient de la centrale située 100m en amont.

De retour au Jardin du Colibri, on se refait un ty’punch maison pour l’apéro : nous devenons de vrais guadeloupéens 🤪. Nous avions prévu de dîner chez Florent, l’épicerie fine de Deshays, mais manque de chance, au moment d’arriver, il ferme. Aussi embêté que nous (il nous avait oublié), il arrive à nous dépatouiller de quelques produits qu’il avait préparé. Finalement, au lieu de manger sur place, nous emportons les plats dans notre ecolodge. Quel délice ! Nous nous régalons de ses recettes succulentes. Il nous fait découvrir son dessert du moment : une panna cotta avec des pommes Malaka qu’il fait confire lui-même : belle gourmandise !