Ça y est, dernière étape : la Martinique.
D’un côté, ça a passé très vite et de l’autre, on a fait tellement de choses que j’ai l’impression que l’on est parti depuis très longtemps. En fait, on est vraiment parti longtemps 😉
On se rend compte tout de suite que l’atmosphère est différente de celle de la Guadeloupe. Les gens sont gentils, ils sourient. Et lorsque l’on arrive aux Trois-Ilets, le village est joli, ça fait très station balnéaire. On aurait aimé voir à Deshaies des maisons mieux entretenues et colorées.






Nous arrivons le lundi à notre hôtel La Pagerie et avons la chance d’avoir un pot d’accueil avec un atelier ty’punch : c’est le barman qui anime l’atelier. Puis c’est à notre tour de faire. C’est très sympa ! Cela fait penser à la Thalasso. Comme nous sommes étonnés de voir des marques de rhum du Groupe Hayot (prononcer Hayote), Manu demande au barman si l’hôtel leur appartient aussi vu qu’ils sont propriétaires de tout ou à peu prêt tout ici. Le gars répond que non avec un énorme accent créole : il dit que c’est une directrice qui gère et d’ajouter « c’est la mait’esse ». Ah oui quand même : c’est dingue qu’au 21e siècle, finalement ça ne change pas beaucoup, il reste des traces ancrées.
On discute avec des personnes autour de nous et retrouvons même un couple de niçois qui était aussi au Relais du Moulin en même temps que nous. Je discute aussi avec des Bretons d’Ille-et-Vilaine car le monsieur a repéré ma perle noire et me demande si je connais Tahiti : la discussion est partie. Quand on est attaché au Fenua comme tous ceux qui sont passés par Tahiti au-delà d’un séjour touristique, on ne nous arrête plus. Ce couple s’est rencontré là-bas en 1998 (on aurait presque pu se croiser, nous l’avons quitté en 1997), y ont passé un an et y sont revenus avec leurs enfants 20 ans après (j’adorerais y retourner avec mes garçons…). Voilà c’est fou comme cet endroit marque les gens à vie : on est tous piqué au tiaré, comme on dit là-bas.
Pour l’un de nos dîners, nous tentons une expérience très locale. Nous trouvons le resto de Yayanne aux 3 Îlets. Aucun standing, aucun service : cela rappelle plus le Soda du Costa Rica (bistrot local). La fameuse Yayanne nous accueille et nous propose le poulet boucané. Ça tombe bien, c’est pour cela qu’on est venu. Elle rajoute une assiette de pommes de terre-poisson genre brandade, qu’elle appelle béchamel. Il ne faut pas trop regarder l’endroit ni être à cheval sur la propreté mais qu’est-ce que c’était bon. On s’est régalé. Le tout avec un ty’punch à la dose locale et une note de 36€ pour deux, quand on paye d’habitude ce montant par personne dans les restos à touristes. On a mis 6 étoiles sur Google. Yayanne nous invite à repasser demain soir : ce sera poisson mariné !


Lors de mes échanges avec mes clients locaux, je pose quelques questions sur l’écologie et l’économie locale.
- Écologie : c’est proche de pas grand chose. Si l’on trouve des containers de tri sélectif, cela ne fait pas très longtemps qu’ils sont installés. Et le recyclage est peu développé. Il faut donc renvoyer les éléments collectés en métropole, ce qui est peu rentable. Et pour tout le reste, c’est enterré. D’après les projections, en 2031, il ne sera pas possible d’enfouir plus. Le mur se rapproche, mais les politiques et leurs électeurs ne semblent pas très motivés par le sujet qui va devenir un vrai problème vu tout ce qu’ils importent.
- Économie : c’est une économie de comptoir comme on pouvait l’avoir au moment des colonies. Tout est importé y compris les ananas et les citrons ! Les uns ont été arraché il y a dix ans et les citronniers ont été décimés par une maladie. Dans les deux cas, les propriétaires ont trouvé plus rentable et moins fatiguant de construire des maisons à louer pour les touristes. Et travailler dans un bureau est plus valorisé et moins fatiguant que d’être dans des champs sous 35 degrés. Donc les ananas sont importés du Costa Rica et sont moins chers que les quelques ananas encore produits localement ; les citrons viennent du Pérou. Imaginez le prix des produits en magasins ou au restaurant quand tout est importé avec le coût du transport, la marge du distributeur et l’octroi de mer (taxe locale) en plus.
- Éducation : l’enseignement primaire, collège et lycée est pareil qu’en métropole mais dès que l’on parle études supérieures, les quelques universités présentes ici ne semblent pas suffire. Du coup les étudiants partent en métropole pour poursuivre leurs études. Malheureusement ils rentrent rarement dans leur département d’origine. Ceci crée une pénurie de talents. Si un groupe comme GBH a une vraie politique de recrutement locale, il est parfois confronté à une impossibilité de trouver de la ressource, notamment à des fonctions de management. Du coup les blancs (békés ou métropolitains) se retrouvent souvent à la tête des fonctions clefs des entreprises.
On nous avait dit que la population était très vieillissante, et des incitations à revenir après les études ont été mises en place.
En tous cas, ça donne envie, mais pour y travailler…?
J’aimeJ’aime